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De nouveaux espoirs de la nouvelle vont jaillir du concours 2012.
La sélection du concours est entre les mains du jury final : qui gagnera le grand prix de la ville et les prix d'honneur ?
Le suspense restera entier jusqu'au 17 mars...
Mais nous pouvons déjà saluer des espoirs de la nouvelles remarqués au cours de la première lecture:
Carole Bergé, Geneviève Casaburi, Céline Lacomblez et Erine Lechevalier sont dans la course aux prix
mais nous tenons à saluer des nouveaux venus à Pp trés remarqués:
Elodie Berchel, Laure Bolatre, Danielle Maignal, Zaven Sarafian
et plus particulierement deux nouvellistes inattendus et éclatants :
Gaël Angélis et Janine Ravel mieux connus dans la poésie...
puis Michèle Durand, une rencontre intéressante
dont Pp a décidé de publier la nouvelle: Karim, l'ANI et la bicyclette bleue
durant le mois de février.
Les dix premiers sélectionnés auront leur nouvelle publiées dans le recueil accessible à tous...
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Aujourd'hui, Nicole Manday et Danyel Camoin
eux-même spécialistes de la nouvelle
vous présentent après Denise Biondo, Celine Lacomblez-Long et les lauréats du concours 2011 dont Natacha Rosso et Claire Gilbert
Une nouvelliste à retenir pour faire perdurer le genre :
Geneviève Casaburi
LE CARILLON DU TEMPS
(concours littéraire de Fuveau : 2010)
1934. Le plus vieux quartier de la ville. Une boutique noire et poussiéreuse. Les lettres sur la devanture ont été effacées par le temps. Plus personne ne se presse devant pour voir l’artiste qui y travaille. Le vieil horloger est tout seul, à présent. Ses rares clients, plutôt des amis sont aussi vieux que lui. On peut lire sur leur visage les dommages de la vie.
Il est minuit moins une. Le vieux monsieur, Léonce, lève les yeux derrière ses lunettes. Les mécanismes de toutes les horloges qui l’entourent, se déclanchent et à l’unisson lui rappelle le temps qui passe. Il reconnaît toutes les sonneries. Minuit. Il se lève péniblement. Eteint la lampe de son établi et part d’une démarche lente vers son arrière boutique. Il monte le vieil escalier qui craque sous chacun de ses pas, pour rejoindre son appartement.
Le vide des pièces fait monter des larmes dans ses yeux. Il se retourne et se dirige vers sa chambre. Il allume sa lampe de chevet, se déshabille difficilement, le regard fixé sur une photo jaunie.
Elle et lui le jour de leur mariage.
1874. La plus heureuse journée de sa vie. Lui tout juste vingt ans et elle à peine dix huit.
Les larmes coulent sur ses joues sans qu’il le veuille. Elle, l’amour de sa vie. Il enfile son pyjama. Envoie un « bonne nuit » à la photo et s’allonge sur son lit. Et s’endort.
Sa nuit. Ses nuits, toutes ses nuits sont peuplées du même rêve. De la même image. Elle.
Elle lui manque tant. Cinquante ans déjà. Mais son visage est toujours aussi net. Il donnerait sa vie pour la revoir encore une fois. Ses sentiments sont tellement forts qu’ils lui ont permis de rester en vie, de ne pas sombrer dans le désespoir.
Mais il a aujourd’hui quatre-vingt ans. Sa vie est derrière lui et son seul désir : la revoir et partir.
1854. C’est l’année de sa naissance. Il arrive au monde dans une famille d’artiste. Son père est un horloger renommé. Ses créations sont magnifiques et il a commencé, à la suite de ses nombreux voyages, a amassé une fabuleuse collection d’horloges et de pendules de tout genre.
Sa mère est professeur de piano.
Il vit dans un passé qui le réconforte. Le tic tac incessant des horloges ressemble aux battements du cœur de sa bien-aimée.
1884, la terrible année. Une ville entière se meurt d’une terrible épidémie.
Le Pharo se transforme en hôpital. Dans sa bonté, elle va aider. Essuie les fronts trempés de sueur de la fièvre. Lave les corps de leurs salissures. Et se meurt elle aussi. Emportée en deux jours et laissant dans le cœur de Léonce un vide immense et dévastateur.
Il était à ses côtés faisant les mêmes gestes qu’elle avait faits sur les malades. Mais elle est emmenée, une nuit à minuit. Elle ne verra pas le soleil éclatant de juin se lever une nouvelle fois sur la ville.
Le vieil horloger sait qu’elle est toujours là, avec lui. Dans son atelier qu’elle aimait tant. Elle a effleuré de ses longs doigts graciles les horloges, les pendules, les carillons. Caressé avec douceur le gros balancier de la plus vieille comtoise.
Elle les aimait tant ces horloges.
Un jour qu’elle était venue le voir travailler, et qu’elle errait dans l’atelier, elle avait trouvé le corps d’une horloge à poser. Elle était en faïence bleue aux dessins très délicats. Les deux
statuettes qui devaient l’orner, étaient posées à côté. Le mécanisme ne marchait plus. La plupart des pièces se trouvaient dans une petite caisse en bois.
Elle l’avait aimée et imaginait telle qu’elle devait être à l’origine. Elle l’adorait et voulait que son mari la répare. Elle en avait tellement envie. Mais il refusa, gentiment mais les commandes avaient afflué et il devait les honorer.
Il voulait tant lui faire plaisir mais son travail lui prit du temps pour qu’à la fin la maladie lui ravisse sa bien aimée.
L’horloge resta pendant des années dans le meuble centenaire. Pourtant, c’est sur cette merveille que le vieux monsieur s’use la vue, tous les soirs. Ces gestes sont tremblants, et beaucoup moins précis. Mais il sait qu’à la fin ce sera le plus magnifique cadeau qu’il lui fera.
Chaque matin, aux premiers rayons du soleil qui pénètrent dans sa chambre, il ouvre les yeux et son premier regard se tourne, inexorablement, vers la place qu’elle occupait à ses côtés. Et tous les matins, son cœur se serre et les larmes coulent.
La place est toujours, inexorablement, vide.
Encore un nouveau jour et rien. Il a tant prié. Il a tant demandé à Dieu de lui accorder ce dernier plaisir, la revoir une dernière fois. Il n’a presque plus la force d’espérer. Il est vieux, trop vieux pour continuer à vivre. Mais quelque chose en lui, lui insuffle assez d’énergie pour persévérer dans l’ultime but qu’il s’est donné. Finir le présent pour sa bien-aimée et partir pour la rejoindre. Enfin, heureux.
Toujours les mêmes gestes. De l’eau sur son visage fatigué. Un bol de café. Des tremblements lorsqu’il boutonne, difficilement sa chemise et qu’il lace ses chaussures. Puis la longue descente pour rejoindre son atelier.
Il s’assoit à son établi et sa journée commence.
A toutes les heures que les horloges marquent par leurs sons différentes Léonce relève la tête. Il ne voit pas la journée passer. Il en a même oublié son repas de midi, tellement il est affairé à son travail.
C’est le milieu de l’après-midi. Ses jambes sont engourdies et son dos lui fait mal. Il décide de faire une petite pause. Il se lève de son tabouret encore plus péniblement que d’habitude. Mais aujourd’hui, il n’y a prêté aucune attention. Il est resté assis, courbé au dessus de son établi trop longtemps. Mais qu’importe. Il aura bientôt fini. Ce soir peut-être, si tous les rouages minutieux s’emboîtent parfaitement.
Il monte à l’étage et se sert une tasse de vieux café resté au chaud sur l’antique cuisinière. Une gorgée. Une seule et il redescend presque en courant tant il est pressé de terminer son « chef d’œuvre ».
Le revoilà devant sa table de travail. Il modèle, polit, imbrique les roues de différentes tailles. Il lime méticuleusement chaque dent. Ses yeux le brûlent. Il les ferme un instant, pour les rouvrir presque aussitôt et continuer son travail.
Le dernier rouage, du complexe mécanisme est en place. Il remonte le tout dans le corps en faïence de l’horloge. Il met en place les différentes pièces.
Avec une infinie douceur il remonte la clé, finement ciselée et entend le « tic-tac » mélodieux de son travail.
Il jette un regard aux autres horloges qui garnissent les murs. Il positionne machinalement les aiguilles sur 11h55. Et attend.
Les minutes passent. Le son familier et métallique se fait enfin entendre. Un sourire se dessine sur ses lèvres. Les deux mains posées sur son œuvre, il veut ressentir les vibrations de chaque coup de sonnerie, comme le battement d’un cœur. Son cœur à elle.
Et puis soudain, c’est la musique chère à son cœur, à lui, qui commence.
Dong. Dong. Il compte chaque coup. Cinq. Six…Dix. Onze.
Et s’est le silence. Surpris, il lève la tête. Une lumière éclatante derrière lui. Il se retourne.
Elle est là. Au milieu de la pièce. Aussi belle que dans son souvenir. Elle lui sourit.
Il rêve. Non. Elle est bien là. Son odeur. La douceur de sa peau. Il a tellement de questions à lui poser. Tant de chose à lui dire, restées en suspens. Il a peur. Peur de la toucher et qu’elle disparaisse à nouveau. Mais elle est bien là. Elle caresse doucement sa joue où des larmes coulent.
Ils se parlent avec les yeux. Longuement. Puis le regard de sa bien-aimée se dirige vers son établi et y découvre son cadeau.
Elle avance de sa démarche légère. Frôle du bout des doigts la porcelaine.
Lui la regarde. Ses yeux délavés par les années pétillants de bonheur.
Le temps s’est arrêté. L’atelier est silencieux. Plus aucun « tic-tac ». Et à travers la fenêtre, la peine lune brille de mille feux.
Il s’est levé d’un bond, sans ressentir les douleurs qui meurtrissent jour après jour son pauvre corps. Il saisit la pendule. Elle prend tendrement sa main et l’entraîne vers leur appartement…
Il est neuf heures du matin et au rythme des cloches de l’église, des coups redoublent d’intensité sur la porte en bois de l’atelier.
Inquiet, l’homme devant la porte interpelle un agent de police qui passait par là. Il se présente comme étant le notaire du vieil horloger. Il lui explique qu’il avait rendez-vous avec ce dernier pour mettre en ordre ses affaires avant de partir. Que celui-ci n’avait jamais raté un rendez-vous tant il est minutieux.
Le policier lisant le désarroi et l’inquiétude dans le regard de l’homme de loi, comprends qu’il se passe quelque chose.
Il décide d’enfoncer la porte. Ils pénètrent tous les deux dans l’atelier en appelant le vieil homme.
Surpris par le silence, le notaire se tait. Toutes les horloges sont arrêtées sur minuit.
Il se précipite à l’étage, suivi de près par le gendarme. Personne dans la cuisine, ni dans la salle à manger.
Ils restent devant la porte de la chambre à coucher.
Le policier tape doucement, tandis que le notaire appelle le vieux monsieur. Aucune réponse. Il ouvre lentement la porte. Il fait trop sombre pour y voir. Il l’ouvre un peu plus. La lumière du couloir éclaire la pièce. Et ils se figent tous les deux.
Le vieil homme est là. Allongé sur le lit serrant tout contre son cœur l’horloge.
Un dernier sourire sur les lèvres.
Geneviève Casaburi ____________________________________________________________________
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Un nouvel espoir de la nouvelle: Céline Lacomblez-Long
Pour ceux qui aiment les nouvelles qui soulèvent du sol...
Nous prions ceux qui aimeraient cette nouvelle de se manifester par mail
ou par commentaire pour encourager l'auteur(e) à participer à notre prochain concours.
Nous vous indiquerons que cette nouvelle a été publiée dans le recueil
des 101 nouvelles de Gémenos l'année où le troisième prix avait été attribué justement
à Denise Biondo pour Insolitude
et où Danyel Camoin avait été publié dans le même recueil pour : le regard du passé.
Il était difficile d’apercevoir le ciel entre les immeubles mais dans l’air, ce matin là, on sentait la pluie approcher. L’envie m’avait pris de marcher à l’air libre au lieu de m’enfermer dans le métro. De l’asphalte montait une odeur sèche et forte qui agressait mes poumons tandis, que de la maison d’à côté, émanait le parfum réconfortant du pain grillé. Ma rue aurait du résonner de klaxons, d’injures et de bruit de moteurs, aujourd’hui pourtant, elle était d’un calme angoissant. Un chat croisa ma route, me jetant un bref regard avant d’aller s’asseoir près d’un container à ordures un peu plus loin. Au milieu des poubelles se trouvaient un buffet bancal auquel manquaient portes et tiroir, un tapis, un fauteuil éventré sur le côté et un abat jour sans chapeau. Ma montre indiquait cinq heures quarante cinq, j’avais le temps de flâner quelques minutes… En m’approchant, pour voir si je pouvais récupérer quelque chose parmi ces objets, je découvris que ce qui faisait office de dépotoir était une impasse étroite et délaissée. Le chat me regarda approcher avec indifférence, c’était un siamois élégant qui avait la maigreur des chats de rue. Il ne semblait pas sauvage, je m’assis dans le fauteuil et avançait prudemment ma main vers le félin qui après avoir reniflé mon odeur sauta sur mes genoux et s’y installa.
La ville et la foule m’oppressaient, me réfugier dans cette impasse avant la grande frénésie du matin était une véritable aubaine.
Tandis que le chat se prélassait sur mes genoux je remarquais la curieuse disposition des objets de la ruelle, le tapis était disposé sous le fauteuil, l’abat jour sur le tapis, le buffet contre le mur, un vrai petit salon. Un rayon de soleil passa au-dessus des tours et tomba dans la rue comme un spot illuminant une scène. De petites particules le traversaient et scintillaient au passage, je caressais le chat. Soudain je cru voir passer un papillon d’une dizaine de centimètres d’envergure et presque phosphorescent. Eberlué, je clignais des yeux et l’insecte se démultiplia. C’était si étrange que je voulus me lever pour voir ça de plus près, mais je n’avais pas fais un pas qu’ils avaient disparu. Il fallait vraiment que j’aille travailler...
Avec regrets, je quittais les lieux mais le siamois, le salon et les papillons hantèrent ma journée au point qu’elle parut durer une semaine. Sur le retour, dans cette rame de métro puante et bondée, un accordéoniste mal accordé monta à bord et transforma le trajet en une éternité douloureuse. Mes voisins de voyage étaient-ils sourds ? Indifférents, vides, mes semblables paraissaient imperméables à la beauté comme à l’horreur. Je souffris donc en silence et m’efforçais comme tout le monde d’avoir l’air d’un zombie. J’avais plus que hâte de regagner mon chez moi et de retourner dans ma petite impasse mais, hélas, la pluie, le vent, la grêle me dissuadèrent de remettre le nez dehors. Alors, comme tous les soirs, je réchauffais un plat cuisiné, pris un bain et gagnais mon lit. Le lendemain le temps fut plus clément et je sortis en emportant mon thermo de café, des sardines et du lait.
L’air sentait encore la pluie, de l’asphalte montait l’odeur sèche et forte qui agressait mes poumons et de la maison d’à côté émanait toujours le parfum du pain grillé. Pour la seconde fois, je trouvais la rue étonnement calme. Pour la seconde fois, le siamois traversa mon chemin et gagna l’impasse où je le suivis. Le temps que j’installe les sardines et le lait, que je prenne place dans le fauteuil et me serve une tasse de café, il avait tout dévoré et léchait le lait sur ses moustaches.
Une goutte de pluie tomba dans ma tasse et une autre sur le chat qui se réfugia dans le buffet bancal. Malgré les nuages à nouveau menaçants que je devinais dans le petit carré de ciel au-dessus de moi, un rayon de soleil apparut dans la rue en face, exactement au même endroit que la veille. Les fines gouttelettes de pluie y faisaient un arc-en-ciel. J’avais l’impression d’être aux premières loges d’un théâtre secret, les gens de la rue passaient sans rien voir et m’offraient quelques mètres de leur journée. Qui courrait, traînait les pieds, hurlait au téléphone, riait ou pleurait. Le rituel du thermo de café et de la boite de sardines s’installa dans ma vie, un jour, puis deux, puis trois et à chaque fois des choses étranges et superbes donnaient représentation sur la scène de goudron. Les immeubles qui bordaient l’impasse sur ma droite et sur ma gauche cachaient les coulisses du spectacle et moi j’étais le spectateur dans son fauteuil, très fier de sa trouvaille.
Les jours suivants, je vis des éperviers gigantesques et zébrés qui enjambaient les passants et dont les plumes tombaient à chacun de leurs pas pour repousser aussitôt avec une couleur différente. Puis, je vis de la neige d’or tomber du ciel avec un fin bruissement et un renard couleur cobalt y laisser de délicates empreintes. Je perdis la notion du temps au point d’en oublier mon travail, jusqu’à ce que le quatrième jour, une voix s’élève derrière moi :
« Vous resterait-il un peu de ce café qui sent si bon? »
J’étais pris en flagrant délit de bizarrerie ! Qu’allait-on penser de moi, assis de la sorte à observer les gens ? Mais l’homme qui venait de parler ne semblait pas s’en soucier. Il était vieux, ses cheveux étaient blancs, son visage long, plutôt quelconque et parcouru de rides, un haut-de-forme, une queue de pie. Il s’appuyait sur une branche d’arbre fine et encore couverte de feuille.
« Les visiteurs sont rares. Soyez le bienvenu ici, voyageur. Je vous en pris asseyez-vous, vous le savez, le spectacle va commencer. »
Le vieil homme prit place dans le fauteuil que je lui cédais et le chat se blottit contre lui, moi je m’asseyais en tailleur sur le tapis et nous servais deux tasses. Je tendis l’une d’elles à mon hôte ; il pleuvait des cordes autour de nous, des parapluies de toutes les couleurs et de toutes les formes flottaient au-dessus du salon. L’ampoule de l’abat-jour s’alluma comme par magie, égayant d’une lumière jaune et chaude les murs de l’impasse. Les gens pressaient le pas, s’abritant sous leur veste ou bien se serrant à plusieurs sous les parapluies, de temps à autres de petits rayons de soleil perçaient les nuages et tombaient dans la rue donnant naissance à d’éphémères arcs-en-ciel. On aurait dit un ballet ; le vieil homme tira sur la corde de l’abat jour, la lumière clignota et alors les parapluies des passants se mirent à voler entraînant leur propriétaire avec eux sans que ceux-ci ne semblent se rendre compte de la situation. Certains marchaient dans le vide, d’autres la tête en bas et tournoyaient. Le spectacle dura des heures, rythmé par la pluie, le tonnerre et les pas des passants, m’enivrant. S’enracinant là où les passants jetaient avec négligence chewing-gum, papiers et cigarettes, des fleurs jaillissaient. Des milliers des choses extraordinaires s’offrirent ainsi à mes yeux sans que la moindre question, le moindre étonnement ne m’effleure. Mais c’était le bouquet final. Au bout d’un temps, la mélodie se fit plus calme, la pluie plus fine et le temps moins sombre, le rythme ralentit. Bercé par la musique, le chat blottit contre moi, je m’endormis sur le tapis. J’étais rassasié de beauté, apaisé, j’oubliais la misère du monde pour n’en voir plus que la lumière.
Ce matin-là, on me trouva à même le sol. Seul dans cette impasse vide avec mon thermo de café, vide lui aussi. Déboussolé, je me mis en quête de mes compagnons de mystère mais ils avaient disparus, sortis de ma vie comme ils y étaient entrés.
La rue était bruyante et sentait mauvais, dans la maison d’à côté des gens se disputaient, les klaxons des voitures faisaient un concert derrière le lent et imperturbable camion benne. Les éboueurs avaient tout emporté.
Jamais plus je ne vis le chat et le vieil homme et le reste sauf peut-être dans mes rêves, les soirs d’orage. Ces nuits là, je revenais dans l’impasse et regardait les larmes du ciel recouvrir mon triste monde et le maquiller de merveilles. Pour un temps…
Céline Lacomblez-Long
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Lauréate du grand prix de la ville d'Aubagne pour Peignez vos rêves, Natacha Rosso a aussi écrit " le Vide"
pour le concours interne de Pp.
Concours interne Provence-Poésie 2011 (thème : déclaration d’amour)
Le Vide
« Depuis que tu es partie, tout a changé, tout a vieilli. Je vois ton reflet dans mon miroir, ton ombre face à mes pas, ton vide au creux des draps. Pourquoi si vite, pourquoi ce jour là ? J’erre dans la maison, persuadé d’entendre le son de ta voix. Je recherche tes éclats de rire passagers qui me sont si familiers. J’hante les lieux en ne pensant qu’à toi. Je peux affirmer aujourd’hui que ma vie n’a été qu’un grand doute sans la certitude de ta présence. Ton cœur me manque. Mon unique battement a tristement remplacé notre duo bien orchestré. Je ne suis qu’un pauvre pantin ayant perdu son créateur, sans main qui m’agite, je demeure inerte. Sans amour qui m’habite, je ne suis qu’un papier froissé au fond d’une corbeille. Une toile blanche, un musicien isolé. J’ai cru hier te croiser dans la rue, j’ai couru mais tu n’y étais plus. Pour oublier ton départ je me plonge dans la lecture mais aucun personnage ne me rassure. Je lis et je m’ennuie. Je ne te retrouve pas dans ces pages écrites pour d’autres.
Lorsque le livre a refermé sa couverture de cuir, je m’invente des histoires. D’anciennes lectures m’inspirent, je trouve refuge en enfance. Andersen, Grimm, Perrault me tiennent la main. La Belle au Bois dormant te ressemble un peu, j’emprunte les bottes de sept lieues, la petite fille aux allumettes a toujours aussi froid, Hansel et Grethel sont si malicieux. J’ai même rencontré le chaperon rouge ! Là, à l’orée de mon imaginaire, se cache un bois paisible et silencieux. Je retrouve les personnages que nous aimions tant, mais aucune trace de toi. Je danse avec certains, je converse avec d’autres mais tu n’y es pas. Alors je m’en vais, laissant entre eux ces gens si gais. Ce bonheur, moi, je n’y ai pas droit. Adieu Rose-Neige et Rouge-Rose, je ne suis qu’un esprit dans une bouteille à la recherche de sa clé d’or…
Au cœur des jours les plus sombres, où la vision de ton visage me serait presque insupportable, je deviens ce Horla auquel il manque un verre d’eau ou un peu de raison. Je ne suis plus moi même depuis que tu n’es plus là, je perds chaque jour un peu de toi. Je suis un peu fou. Comment peut-on en arriver là ? On prête un jour son âme qui ne nous revient pas, on prête encore son cœur qui se tord de douleur. Si tu savais comme cela fait mal une peine impalpable, une souffrance sans remède ! Peut-être si tu lisais ces mots, si tu revenais... Peut être alors, qui sait ? Je guérirais… »
Dans un élan de courage ultime, je déposai la lettre dans la boite. Elle tomba dans un bruit sourd, me rappelant que je ne pourrais plus revenir en arrière. Enfin, je traversai la petite allée herbeuse menant jusqu’à la porte d’entrée et gravis les escaliers. Entre mes murs, je déposai mon âme fatiguée au creux d’un canapé. Face à l’horloge murale, j’observai le temps passer : il ne marchait pas, il courait.
J’entendis soudain un bruit connu de clés dansant dans la serrure. Elle était là, elle revenait. Quelques sacs oscillaient dans les paumes de ses mains, son regard croisa le mien. L’étonnement transparaissait à travers ses iris vert-gris. Lentement, elle déposa ses paquets et fouilla dans la poche de son manteau. La lettre en sortit triomphante.
- Mais, mon bien aimé, je ne t’ai jamais quitté ! Je dors encore à tes côtés… Je ne comprends pas…
- Tous les jours, j’ai peur que tu disparaisses. Si tu devais le faire, voilà ce que tu lirais.
Elle s’approcha de moi sans me quitter des yeux. Une pointe de colère obscurcit ses prunelles puis la douceur revint. Elle prit ma tête entre ses mains et murmura gentiment
- Quoi qu’il en soit, c’est ta plus belle déclaration d’amour…
Natacha ROSSO
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