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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 14:21

Un papillon sur l'aile du vent révélait à Provence-poésie Mélanie Révilla...

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Simple participante du concours de nouvelles 2013, Mélanie se faisait remarquer entre Michelle Grenier et Christine Lubranoauteurs-8294ter.jpgchris.Lubrano

 

A tour de rôle et chère Mathilde donnaient déjà à leurs auteures une place de marque dans le monde des nouvellistes provençaux.

Venant de Lozère, Nouveau monde donnait à Mélanie Révilla une bonne place parmi une quinzaine d'auteurs dont Erine Lechevalier et Laure Bolatre déjà récompensées par nos concours.

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Cette année, Mélanie récidive avec une parenthèse en Provence : cette parenthèse l'a amenée au grand prix de la ville en lui rapportant outre la coupe et le recueil, un chèque de deux cents euros et le diplôme de Pp : elle succédait à Henri Mahé face à des rivales de choc.

En tout cas, Mélanie, bienvenue parmi nous, avec un chemin bien ouvert dans le monde de la nouvelle !

Et nous lui conseillons si ce n'est déjà fait de participer aussi au concours des Apollons d'Or ou à celui de Sablet où ont été remarquées nos adhérentes et amies entre autres Michelle Grenier et Geneviève Casaburi...

 

article :Frank Zorra

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Propos de Michelle Grenier : " La nouvelle que je préfère dans Entre Deux Eaux, c'est Mémoire de mes moires de Denise Biondo parce qu'elle a une chute vertigineuse comme je les aime..."

Merci pour Denise et, nous aussi, nous apprécions la chute...

Mais n'oublions pas de parler de Michelle qui est aussi primée pour des fables (Quand les fables se rebiffent) et dont le poème : Cent (sans) Papiers figure dans les coups de coeur du président et dans le recueil poétique : A cloche coeur.

N'oublions pas qu'elle était dans Entre Deux Eaux entre Denise et le troubadour pour un fameux duo du banc et que la revoilà en Chère Mathilde accompagnant avec le troubadour, les quatorze nouveaux auteurs d'Un papillon sur l'aile du vent !

Michelle Grenier dont on va parler plus longuement dans le prochain article des auteurs pour 2014 aux côtés du troubadour de Pp.

3e prix de la nouvelle au prix du Nyonsais et 2e prix de poésie au même concours, elle était à nouveau à l'honneur avec Rosette et Frank Zorra à la remise des prix des Apollons d'or pour son recueil "Quand les fables se rebiffent".

Pp est fière de la compter cette année dans le nombre des adhérents et espère bien trouver une troisième nouvelle fracassante pour notre concours national au pied du sapin de Noël.

Merci Michelle, nous attendons des nouvelles de Ta Provence !

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Mich'Elle vous invite à visiter www.poémienne.fr

 

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Précédent article : Nos mousquetaires de Sablet

 

Ils ont été tous les trois publiés dans Portique (exemplaire reçu ce jour)

parmi les récompenses des nouvellistes de Sablet (21 juillet ), ils étaient déjà remarqués :

Michelle Grenier premier prix et Geneviève Casaburi qui a aussi le premier prix à Vaison La Romaine

puis un habitué des prix de nouvelle : Danyel Camoin,

récompenses remises par Chris Bernard

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Tous les trois vont se retrouver dans le livre Entre deux eaux, annoncé dans un autre article et groupant treize amis de Pp éditions qui seront à l'honneur en janvier 2013.

Voici en exclusivité les textes de trois des gagnants de Sablet sur le thème des marchés offerts pour l'été par Provence-poésie et leurs auteurs :

 

 

 

 

Vendeuses d’oranges

Le souk a lieu dans un dédale déroutant de ruelles sur lesquelles s’installent mille boutiques à ciel ouvert : on y vend de tout : vieilles bottes au cuir gras, peaux de moutons, marmites, ferraille et toute la friperie : un tas de vieux habits dignes de la hotte du chiffonnier. Les tableaux de peintre côtoient des herbes médicinales. Ici s’alignent des jarres regorgeant d’amandes, figues sèches, là, des barils suintants pleins d’olives. Plus loin des régimes de dattes suspendus à une perche. Des piles de cruches et de vaisselle s’entassent presque sous les pieds des chalands qui se fraient un passage tant bien que mal. Une femme à la voix criarde vrille dans l’air son boniment, traque le client pour qu’il achète ses coussins rouges ornés de pompons mauresques.

Au coin d’une rue, une fillette vend des oranges sanguines disposées à même le sol dans de larges couffins .A ses côtés, une vieillarde au visage aride veille au gain. Ses cheveux blancs pelotés au sommet de crâne lui donnent un air digne et austère. Sous la tunique en toile grossière, son cou de tortue est cerclé de rides plus vieilles que le monde.

Farouche, la petite cache sous un buisson de cheveux noirs ses yeux. Pour observer la vieille et l’enfant à sa guise, le touriste français leur achète chaque matin des oranges. Il en déguste une, tout le suc du Maroc inonde ses papilles. Il distribue le reste aux mendiants ravis de l’aubaine. La vieille au regard rapace ramasse l’argent en remerciant avec toutes sortes de salamalecs. La petite ne regarde personne, ne parle pas mais lève fièrement la tête, l’air sauvage et racé d’une chèvre. Furtivement, le photographe aperçoit ses yeux sous les ronces rebelles des cheveux : Des iris violets sombres qui boivent la lumière.

Dans leurs longues jupes couleur raisin sec qui balaient leurs chevilles, elles s’en vont, la vieille de sa démarche éléphantesque mais robuste encore, la petite dansant gracieusement telle une gazelle, contente de ramener les paniers vides.

Le photographe revient tous les jours acheter des oranges. La petite pèse les oranges, rend la monnaie, elle calcule vite sans se tromper. La vieille remercie d’un hochement de tête, place aussitôt l’argent dans une bourse attachée à sa ceinture.

Au bout d’une semaine, sentant la vieille marchande amadouée, l’étranger dit en montrant son appareil :

—Je peux vous prendre en photo toutes les deux ?

La vieille se racle la gorge, et répond d’une voix rauque :

—Non. Tu peux pas. Faut qu’on se fait belles.

—Non ! Je voudrais vous photographier comme vous êtes.

—Non, pas possible : reviens demain, on mettra nos bijoux et le voile : tu peux pas photo.

Il sort un billet, le lui tend. L’ œil de la marchande se met alors à clignoter comme une pie.

Avec une vivacité surprenante, elle s’empare du billet et exige :

—Encore deux billets ! Et pas de photo dans le journal. C’est pour toi, dans ton pays. Compris ? L’aïeule ajoute d’une voix dure et éraillée : Et toi, Aïcha, motus et bouche cousue. Regarde pas la machine à photo : personne peut voler ton âme , si tu donnes pas tes yeux . Compris ?

Le photographe tend deux autres billets sans marchander. D’un revers de main, la grand-mère relève les boucles rebelles de la gamine et découvre le violet sauvage des yeux, pétillants de malice. Derrière la magnifique lumière des yeux, il perçoit la méfiance instinctive face à l’homme, l’instinct de fuite, cette sorte de lueur qui s’échappe des animaux sauvages.

Le photographe, dans la pénombre de son laboratoire attend que le visage de l’aïeule se révèle dans le bac acide : Sa peau, toile d’araignée est ramifiée d’un maillage de ridules denses. Le front haut et bombé est parcheminé de sillons profonds. La mine n’en perd pas pour autant une empreinte d’orgueil et de vaillante majesté. Les prunelles noires, deux pierres ténébreuses d’ une vivacité surprenante regardent ailleurs, sur le qui-vive.

A présent le visage d’Aïcha flotte, tremble entre deux eaux dans le liquide : les yeux en amande violets, les pommettes hautes, les cheveux de jais, boucles de ronce .Dans ses prunelles frétillent une malice volubile, un soupçon de rire narquois. Comme pour se moquer de tout cela, signifier qu’elle n’est pas dupe : être photographiée : Un jeu qui remplit la bourse de billets.

Le photographe cligne des yeux, subjugué par le visage si vivant et les lèvres mi-closes qui semblent baiser l’air à chaque respiration. Aïcha le fixe droit dans les yeux, effrontée. Un regard fascinant échappé de longs cils avec un frétillement de reptile fondant sur sa proie. Ho ! La rebelle n’a pas peur qu’on lui vole son âme, il n’est pas né celui qui la domptera !

Aïcha et sa grand-mère, vendeuses d’oranges, des photographies que l’on s’arrachera à prix d’or dans une exposition à Paris.

Mich’ Elle Grenier

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SOUVENIRS PARFUMES

« Ah !! Il est beau mon poisson !! Il est beau !! »

Comme chaque jour où le marché s’installe sur le port, la voix stridente de Pascaline, vient de me réveiller. C’est elle qui crie le plus fort et bien sûr, c’est elle qui vend le plus de poisson.

J’ouvre mes volets. Et les cris de la rue remplissent ma chambre comme le soleil.

Ce sera une belle journée de printemps. Presque l’été.

Je regarde la rue qui s’anime. J’admire les passantes dans leurs jolies robes légères et je laisse libre cours à mon imagination.

Je me prépare en vitesse, j’avale un café et me voilà dans la rue.

J’adore ces jours là. Ces jours où tout se mêle dans une profusion de marchandises, d’odeurs et de personnages différents. Je suis comme un spectateur qui regarde sur grand écran le défilement des images. Mais là, je fais parti du film. Je vois. Je sens. J’apprends.

Sur le quai, les étals des poissonnières regorgent de poissons de toutes sortes. Des gros. Des petits. Des couleurs qui scintillent sous les rayons du soleil. C’est à celle qui criera le plus fort pour attirer le chaland.

Je croise deux petites jupes en vichy. Leurs yeux pétillants et leur rire cristallin me font tourner la tête. Je les suis quelques minutes des yeux. Puis je repars dans ma promenade.

Dans les rues adjacentes au port, les étalages des marchandes de fruits et légumes sont de véritables explosions de senteurs et de couleurs.

Je ferme les yeux et je reste un moment à identifier les odeurs. Les odeurs de ma Provence.

La douceur des melons de Cavaillon tellement gorgés de sucre qu’ils éclatent au soleil. Les abricots dorés. Les tomates.

J’ouvre les yeux. Les couleurs me sautent au visage. Le rouge brillant des pommes d’amour, l’orange, le jaune des citrons.

Une peinture vivante.

Chaque marchand a sa propre façon d’appeler le client. Je regarde les clientes choisir méticuleusement chaque denrée.

Là une jeune femme sent à plein nez la tomate que lui tend le vendeur. Ici, une vieille ouvre un abricot pour que sa cliente puisse juger du goût.

A force de travailler dans les champs, ses mains sont parcourues par des sillons où la terre s’est incrustée. Son visage est tout ridé et comme cuit par le soleil provençal.

Je la trouve belle. Assise à même le sol avec ses paniers remplis de sa récolte. Je l’imagine dans son petit champs, à bêcher sans relâche pour pouvoir gagner quelques sous pour améliorer sa vie.

Elle est belle cette vieille avec son chapeau de paille et son jupon de grosse toile. Elle est sans âge.

Un peu plus loin, un vendeur d’épices attire mon attention.

Des paniers remplis de poudres colorées et odorantes. Du curry jaune. Du safran. Des gousses de vanille de Madagascar. Des olives vertes et noires. Mais aussi du thym, du romarin et de la lavande.

Je m’assois sur un parapet et je contemple ce tableau où chacun apporte sa propre touche.

Tiens, les deux jupes en vichy repassent devant moi en laissant derrière elles le sillage de leurs parfums.

Qu’elles sont belles ! Et qu’elles sentent bon.

Je ferme une fois de plus les yeux. J’écoute et je me rappelle. Là le vendeur d’épices. Je sens la cannelle et la muscade. Là-bas, un peu plus loin, le bel étalage du maraicher. Sur le port, je reconnaitrais entre mille la voix de Pascaline.

Ici des gens discutent. Des bonjours fusent.

J’aime cette vie tranquille et amicale.

Le 21ième siècle vient de faire son apparition. J’ai maintenant 70 ans. Je suis un vieux monsieur et à mes heures perdues, je peins.

Je peins ma Provence et je me souviens. Surtout de ce jour-là.

Devant ma toile blanche j’ai fermé les yeux et tout m’est revenu. Les odeurs. Les couleurs.

J’ai couché sur la toile tous les détails de ma mémoire. Pascaline sur le port. Et ma vieille. Ma belle vieille ave son chapeau de paille. Les couleurs éclatantes des étalages et même les deux jupes en vichy.

Sur le châssis les teintes sont là. A chacun de mes coups de pinceaux, je me souviens des senteurs. Un véritable retour en arrière. Mais ça je le garde pour moi.

Geneviève Casaburi

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Un mardi de marché…

Entre le jaune des pommes golden et le vert pâle sali des artichauts blancs, son sourire s’ensoleillait au parfum des fraises qui rougissaient pour elle. Le regard des vieux libidineux plongeait sans retenue dans son décolleté qui s’ouvrait sur deux petits melons comme on aurait pu vouloir en soupeser.

Et retentissait alors le cri des vendeurs et celui des poissonnières:

« Cômmme ? Il n'est pas beau, mon poisssson ? Il est plus frais que vous ! »

Il est vrai que je ne devais pas avoir un visage très frais ; une nuit sans sommeil et quelques vertiges au lever... Quand on vieillit, on doit faire face aux rhumatismes, à la toux chronique et aux clignements de paupières.

Quelquefois, un sourire, un regard... Une image de femme qui glisse et se superpose à une autre pour un instant fugitif de bonheur et votre sang se glace parce que ce matin vous êtes réveillé. Fini le rêve, c'est le matin au marché ! Surtout, avec ce soleil fringant qui s'évertuait à rayonner lourdement sur moi, semblant me narguer et me dire :

« C'est une belle journée ! »

Mais sait-on vraiment quand on commence une journée si elle sera belle... Jusqu'au bout ? C'est vrai qu'en regardant cette vendeuse ; c'était la fête ! C'était la féria des fruits et légumes qu'elles vantait par la blancheur émaillée de ses dents saines, pas encore jaunies par le tabac ; une pure qui ne jetait pas à ces trottoirs jonchés de filtres de cigarettes… Une pure que l'on imaginait bien, dans son jardin, se penchant sur les plants de tomates avec le mignon « potiron » en l'air, lequel jardin serait en fleur de l'amour ; sourire « plein pot », tirons un trait -flèche de Cupidon brisée- sur ce régal pour un homme seul, car, j'avais passé ma nuit bien seul, bien sûr, mais je vivais toutes mes nuits depuis si longtemps avec un cadavre qui ne remuait plus un cil entre mes bras, un buste de marbre sans câlin, vivant sa destruction au fil des jours ; la plante qu'on ne peut plus arroser ! Ma vieille épouse, plus rien ne la faisait sourire ! À une autre époque, c'est elle qui aurait marché en voletant légère au milieu des étals, soupesant un chou par ici, un ananas par là... Un peu de céleri en bâtons, le persil en cadeau… puis croquant une olive verte, courant à la fête, le soir dans les bals populaires...

Une danse créole pour animer la « taule » aurait pu tout changer. Oui, tout un rêve d’or au regard de l'inconnue... Même pas besoin de l’imaginer nue, sa main seulement, les doigts accrochés aux miens ; vivante !

Tandis qu'elle me regardait partir, je sentais ses yeux remplis d’eau de mer caresser mon dos. C'est la farigoulette qui nous monte à la tête... en pareille circonstance !

J'étais au marché ! J'emportais ses pommes pesées dans mon filet, et le reste dans ma mémoire, une arrière-pensée dans le sourire, en songeant qu’un de ces jours futurs, elle pourrait bien m’apporter des oranges... Qui sait ?

Et je m'éloignais de l'étal pour quitter la place, le parfum d’un œillet accroché à ma boutonnière, un œillet noir, façon crêpe. Car, là-bas, non loin de ma porte, je voyais des uniformes qui brillaient au soleil de Provence, à la manière d'une épée de Damoclès suspendu au-dessus de ma pauvre tête.

Et oui ! Par une si belle journée, qui aurait pu penser que j'allais m'enfermer... Dans leur fourgon ? Qui aurait pu penser que j'avais tué ma femme ?

Danyel Camoin

 

 

D'autres nouvelles dans la même rubrique dans les pages archives des années précédentes.  

FZ 

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Published by Pp editions - dans littérature
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