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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 23:01
Lire en Mai à Nyons : retrouvailles avec Chris Bernard et son concours, retrouvailles  à la remise des prix avec Michelle Grenier et rencontre avec la gagnante du concours de nouvelles : Laurence Marconi félicitée par Danyel Camoin membre du jury.
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Après des passages malgré le vent sur les stands de AVH à Aubagne et de ARt'm à Auriol

les représentants de Provence-poésie, Denise Biondo et Mauricette Buffe en tête ont fait un passage à Lire en Mai à Nyons où ils ont retrouvé leur ami Chris Bernard organisateur du concours de nouvelles où Laurence Marconi a gagné avec sa nouvelle : Catharsis.

Danyel Camoin qui faisait partie du jury a pu la féliciter en retrouvant au passage une amie et partenaire : Michelle Grenier, récompensée en poésie.

Voici la nouvelle qui a gagné : 

 

     CATHARSIS                                                                                                                                                                                                                                                                                                     de Laurence Marconi                                                                                                                                                                                               

          Je suis devenue une étrangère. Depuis ce jour marqué au fer rouge dans ma chair, il me semble que je loge dans le corps d’une autre, comme si j’avais revêtu un habit de peau ou loué un déguisement pour  un bal costumé. Dans mon entourage, chacun incarne avec justesse son propre personnage. Moi, j’assiste en spectatrice indifférente à la parade des jours qui défilent, sans réussir à poser sur ma vie autre chose que deux grands yeux vides. Le temps passe mais n’efface pas les cicatrices. Mon cœur ne parvient plus à s’émouvoir. Plus rien ne me touche, ni les joies ni les tracas. Plus rien ne m’interpelle, ni les drames qui se jouent ni les sursauts du quotidien. Je promène mon corps avec détachement dans les coulisses de mon existence.

 

          Pourtant, la vie continue comme avant. Le regard des autres me confirme que je suis celle que j’ai toujours été. Si mes proches m’appellent par mon prénom, je réponds. S’ils  me parlent avec douceur, je souris. J’écoute la voix de ceux qui me soufflent les bonnes répliques. Je réagis sur commande mais je m’égare dans les décors de mon histoire comme si j’étais ma propre doublure.

         

          J’ai repris le cours de ma vie là où elle s’est arrêtée, à l’aube d’une journée qui promettait d’être belle, il y a deux ans. Depuis, les gestes de tous les jours sont  une victoire que mon entourage salue par des salves d’applaudissements. Je fais des efforts pour interpréter mon rôle le mieux possible. Celui d’une jeune femme forte qui a traversé cette épreuve avec courage et détermination. Je ne veux pas décevoir mes proches. L’amour dont ils m’entourent m’apaise et me guide. Alors, je m’efforce d’être moi-même, en famille, entre amis. Je cherche la clef, ce sésame qui m’ouvrirait les portes et me conduirait jusqu’à cette empreinte de moi restée sur la chaussée, un matin de juillet. 

 

          Depuis, je suis une autre. J’écoute sans la reconnaître ma voix qui survole les conversations, sème des paroles, butine ça et là quelques bons mots, sans jamais parvenir à se poser. Je reconnais à peine son bourdonnement. José, mon compagnon, me dirige avec une infinie patience. En aparté, il met mon corps en scène. Parfois, je retrouve le parfum de ma chair qu’exhument ses étreintes. Parfois, ses caresses me révèlent l’existence de mon corps, dans une fulgurance qui me comble. Mais le plaisir est éphémère. Ces abandons fugaces me réconcilient avec cet épiderme que j’ai tant de mal à apprivoiser. Hélas, ces instants sont rares, si rares … Des saynètes jouées à huis clos. Le reste du temps, je porte mon corps comme un costume de scène trop grand, trop lourd, trop encombrant.

                                                                                                                                                                                                                                             Je prends souvent des bains. Je pénètre, nue, dans la baignoire vide et je frissonne au

contact des parois froides contre lesquelles je m’abandonne. J’attends quelques instants, une sensation désagréable me parcourt. Je prends ainsi conscience de chaque parcelle de mon anatomie. Puis j’ouvre le robinet et l’eau chaude envahit la baignoire, me recouvre peu à peu et réchauffe un à un mes membres grelottants. Tous les sens engourdis, je m’installe dans une torpeur délicieuse que seul l’écoulement régulier de l’eau vient troubler. Lorsque la baignoire est remplie, lorsque l’eau a englouti la pointe de mes seins, dernier bastion de mon corps sans défense, je me décide enfin à fermer le robinet. J’attends que la surface soit lisse, que la dernière goutte échappée  finisse de troubler le miroir dans lequel je suis étendue, ouverte comme un nénuphar et le silence dans lequel je m’installe, apaisée. Alors, je pars à la découverte de mon corps. Sur ma peau, je promène mes mains que la chaleur de l’eau rend souples. Je suis douce. Mes doigts agiles effleurent mon épiderme, comme de petites araignées, en quête d’un signe qui me serait familier, d’un indice qui m’aiderait à me reconnaître, de cette clef du mystère de ma chair que je ne parviens pas à résoudre. J’explore les reliefs de ma peau. Doucement, je frôle les blessures qui affleurent à la surface de l’eau, là où ma chair endolorie tente de renaître, là où la peau boursoufflée dessine un paysage accidenté. Aveuglée depuis ce jour funeste, je lis en braille mon corps froissé, je me dirige à tâtons parmi les plis et les replis familiers, dans l’intimité de ma chair devenue insensible. Je porte mes meurtrissures comme une peau d’âne qui m’empêche d’être moi-même. Mais ces immersions prolongées dans le bain m’offrent de rares instants de bien être, des étincelles de complicité avec mon corps.

 

C’est aujourd’hui que se joue le dernier acte. Je suis calme. Très calme. Mon cœur ne s’emballe pas. Je ne ressens rien, ou presque. Je sens la présence de mes proches assis à mes côtés. Le cœur de José qui palpite dans sa poitrine plaquée contre mon bras droit. La pression de sa main moite sur la mienne. Son souffle court et régulier, comme le ronronnement d’un poêle, diffuse sa chaleur qui me ceint sans parvenir à pénétrer à l’intérieur de mon corps. Je suis froide. Très froide. Je sens les doigts fébriles de ma mère qui se cramponnent aux aspérités de mon bras gauche, comme un alpiniste s’agrippe à une paroi minérale et rugueuse. Mon corps est tendu, j’espère tant de cette scène finale. 

 

Partout autour, les gens s’installent. Spectateurs du drame dont je suis l’héroïne, ils prennent  place pour  l’épilogue. J’aimerais partager l’excitation palpable des miens. Mes yeux se posent sur les acteurs qui envahissent à présent la scène en silence, drapés dans leur longue robe noire. Une fois de plus, je suis figurante. Je ne  perçois pas  les regards qui tentent de me percer mais se heurtent au masque de mon visage que je devine impassible. Et puis soudain, il entre. Il prend place face à moi. Le regard fixe, accroché à un point invisible quelque part au fond de la salle. Je n’entends pas la rumeur qui enfle et se répand dans le public. Je ne sens pas le cœur de José qui s’affole, son souffle haletant, l’étau des doigts de ma mère qui se resserrent autour de mon bras captif. Je suis loin. Très loin.

                                                                                                                                                                                                                                 

Je marche dans la rue. Il est neuf heures du matin. Déjà, le soleil ruisselle le long des murs de ma cité. Déjà, l’azur du ciel se reflète dans les flaques que l’orage de la nuit a disséminées sur le bitume. Je vais au marché. Je me sens légère, soulagée de ce poids qui entravait mes gestes, brisait mes élans, voilait mes yeux sombres. J’ai rompu. Enfin. Je suis heureuse d’avoir trouvé la force, les mots. La force des mots. Il m’a écoutée sans rien dire, le menton tremblant de rage, le regard méprisant. Très vite, il est parti, les poings et la mâchoire serrés. Pas un mot, pas un coup. Pas même une volée d’injures. Je m’attendais à autre chose. A sa violence. J’ai guetté, toute la soirée, tapie dans ma chambre. Je savais que mon père ferait écran, mais je redoutais leur entrevue. Il n’est pas revenu. Pourquoi ai-je tant tardé ? Pourquoi n’ai-je pas osé le quitter plus tôt ? J’avais le soutien de ma famille, je le savais. C’était si facile. Je trottine sur le trottoir qui mène au centre-ville. Devant moi, la rue s’élargit, comme l’horizon qui m’offre à présent de nouvelles  perspectives. C’est drôle, il suffit de retirer un pion de l’échiquier pour que la vie déroule devant soi un avenir en couleurs. Hier, j’étais une jeune femme engagée, entravée, au destin tracé, lié à celui d’un homme qui m’aurait muselée. Aujourd’hui, je suis libre. Libre et heureuse. J’observe le reflet de ma silhouette dans la vitrine du boucher. Quelque chose a changé dans mon allure. Je porte mon corps avec fierté,  non plus avec soumission. Au détour de la rue des Ecoles, il surgit. Tout va très vite. La peur me fige. Je soutiens un instant son regard, haineux, fiévreux. Je lis dans ses yeux la folie qui l’habite. Mon cœur bat si fort qu’il me semble que ma poitrine va se rompre sous l’effet des pulsations qui martèlent ma cage thoracique. Je n’ai pas le temps de réaliser. Il crache des chapelets de paroles que je ne comprends pas. Mon esprit, comme mon corps, est paralysé par l’effroi. Il brandit un bidon, m’asperge de la tête aux pieds. Je suffoque. Je suis une torche vivante. Une fraction de seconde qui dure une éternité. J’entends confusément son rire qui s’embrase, puis, plus rien.

                                                                                                                                                                                                                             

Je tremble. Mon corps est secoué de spasmes que les mains empressées de ma mère et de José ne parviennent à calmer. Le procès de l’homme qui a supplicié mon corps et verrouillé mon destin vient de débuter. Deux ans que j’attends cet instant, pour renouer avec ma chair, faire le deuil de ma beauté sacrifiée à l’angle de la rue des Ecoles, un matin de juillet. Pour accepter ce corps encore jeune, ridé par les brûlures et les greffes successives, strié par les sutures. Le juge entame la longue litanie des chefs d’accusation, les flashes crépitent dans le tribunal comble, je sens mon cœur qui bat la chamade, ma gorge qui se noue tandis que mes yeux désespérément arides depuis le jour de l’agression s’emplissent de larmes et que je prends soudain conscience de mon corps en irruption. Je fixe cet homme aux poings liés et pour la première fois, je me sens forte et libre.

 

 

 

Après Nyons l'équipe de Provence-poésie retrouvait AVH à Auriol le 8 mai pour un autre stand parmi les fleurs.

 

article FZ

photos : Denise Biondo

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