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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 10:52

Des nouvelles de Nyons, recueil récompensé (en septembre) aux Apollons d'Or vous offre une  courte enquète de Frank Zorra. 

  

Parfum sans iode des campagnes lointaines où le chant des cigales éloigne la mouche tueuse d’olives…

 

Et ça baigne dans l’huile !

 

 

C’est sans doute pour oublier le parfum de Sabine que j’ai accepté d’humer celui des olives ; je me suis donc éloigné de Marseille pour courir à Dache… En fait, jusqu’à Nyons à la poursuite de Moune…

J’étais garé à l’Hôtel des Oliviers, petit hôtel calme et discret derrière la médiathèque municipale mais je ne savais pas combien mon client me paierait de nuits d’hôtel, il fallait donc que j’agisse vite…

Sur mon chemin, le collège Roumanille qui avait été le berceau d’un fantastique écrivain, René Barjavel, et les arcades de la place, construites au XIVe siècle, où j’avais rencontré un autre auteur célèbre : Pierre Magnan. La maison assassinée ! Une formidable histoire qui a donné un grand film avec Bruel.

Revenons à Moune, une épouse en fuite dont le mari jaloux ne voulait pas avoir recours aux gendarmes. Il parlait avec des gants, la bouche en croupion de poule avec des poils noirs qui envahis-saient son cou.

De ses grosses mains, il avait bien dû la gifler autant que mon père le faisait à ma mère dans leurs jeunes années mais mon Nez me disait qu’elle n’avait pas fui seule. C’était le style : Juste un baiser de Fragonard plutôt que Je reviens de Worth. Mais pourquoi vers Nyons ? Si loin, au Nord... Des Bouches-du-Rhône. Sans doute était-ce là qu’elle rejoignait son amant ? Et j’aimais bien ce repaire d’oliviers qu’était Nyons.

Je filais donc Moune, de son vrai prénom Monique, qui était plus agréable à suivre que les informations du journal. Sa minijupe qui sautillait en haut de ses fines cuisses et ses pieds qui s'accro-chaient à deux escarpins à talons réduits qui peinaient sur les pavés. Des cheveux bruns frisés qui paraissaient briller au soleil... Moune dévorait souvent un gâteau qu'elle avait longuement choisi chez un pâtissier puis allait quelquefois flâner le long des quais. Ce n’était pas le genre à passer l’escoube tout le jour ! Je l'aurais bien vu se baigner nue dans le léger courant mais elle ne l'a pas fait, pourtant c'est bien nue qu'on l'a retrouvée, sans moi, car cette cagole a réussi à me semer.

Mon enquête inquiète n'a pas duré long-temps, hélas : deux jours après seulement, on retrou-vait la pauvre morte près de Notre Dame de Bon Secours qui de toute évidence n’avait pu la secourir.

La tour Randonne au sommet ciselé domine les bâtisses et l’on y accède par deux rues et quelques pavés rustiques non loin du château féodal chargé de protéger la ville. J’imaginais mal cette Moune en mange-bon Dieu…

Les gendarmes furent bien sûr appelés. Et j'ai presque cru qu'ils allaient conclure à un suicide.

Elle s'est étranglée avec son propre foulard ! Imaginez. Elle monte jusqu'à la chapelle pour faire pénitence sur le sommet de Nyons. Elle se déshabille complètement et s'étrangle toute seule. Cela sentait la mise en scène. Il l’a tué puis l’a dévêtue espérant qu'ainsi on ne la reconnaîtrait pas et qu'on classerait l'affaire en la prenant pour un SDF victime de sa condition, mais qui croirait au suicide ? Surtout que j'étais là pour la filer et je savais que ce n'était pas une sans-domicile ordinaire. Maintenant, elle avait une salle « bouille » avec sa langue qui lui léchait le menton dans une immobilité parfaite.

Cependant, que dire au mari ? Pouvais-je lui laisser croire qu'on l’avait tuée parce qu'elle avait décidé de revenir vers lui ; après tout rien ne prouvait ce fait mais le contraire non plus.

Pécaïre ! Son corps, bronzé comme une pète, avait un étrange parfum. Je devrais dire une odeur que mon nez connaissait bien puisque le matin j’en avalais une cuillère à café contre le cholestérol. L'huile, un parfum d'olive ! Elle avait le corps recouvert d'huile. Pourquoi ? Peut-être que le meurtrier avait voulu la protéger des ultraviolets. Il ne connaissait peut-être pas « Garnier Ambre solaire Golden protect ». Et quoi ? Croyez-vous que dans les enquêtes de police, on donne une réponse à toutes les questions ? C'est au cinéma qu'Hercule Poirot vous explique tout à la fin !

 

Et les fils de l'espoir s'usent sur le rasoir du temps comme la recherche de la liberté se limite au choix de sa prison.

En tout cas ma mission s'arrêtait là : elle baignait dans l'huile.

C’est le cas de le dire, non ?

 

 FZ

 

 

La suite des enquètes de Frank Zorra dans Des nouvelles de Nyons (Pp éditions) mais aussi

dans Je suis né à Marseille (éditions Baudelaire) et Au seuil de l'inexplicable (EmA)

ou sur notre provence-poesie.info (Le carnet vert - le murmure du pastaga dans l'eau glacée - la vieille du palais Longchamp - etc...)

 

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Lire En Mai 2013

Deux ou trois belles journées de textes et de dédicaces autour du concours présidé par notre ami Chris Bernard...

On retrouve parmi les récompensés Jean-Paul Lamy, Lyliane Lajoinie (ex-adhérente), Sylvie Raymond et deux de nos adhérentes partenaires pour Entre Deux Eaux ( le livre d'équipe de 2013) Geneviève Casaburi et Michelle Grenier (récompensées deux fois : nouvelles et poésie)

Le sourire reste présent sur les stands dans l'espace Roumanille qui abrite de nouveau les auteurs et éditeurs.

Frank Zorra remplacé par Danyel Camoin y présente son nouveau livre (Du sang sur la bible) en présence de l'éditeur Christophe Lahondès, pour Nombre 7, où il abandonne sa panoplie de détective pour se plonger dans l'historique d'un de ses héros de jeunesse, et le précédent encore d'actualité : Des nouvelles de Nyons.

 

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Un diplôme d'honneur pour le recueil d'enquètes de Frank Zorra à Vaison La Romaine pour les Apollons d'or 2013 : Des nouvelles de Nyons

Préface poétique de Geneviève Casaburi et citation de Barjavel entourées de photos de Denise Biondo : un joli petit livre.

Le détective traverse la  ville en décrivant quelques endroits remarquables comme la Scourtinerie ou l'hôtel des Oliviers entre autres... avant de retourner vers son Marseille d'origine.

L'ombre des oliviers et un parfum de lavande l'accompagnent jusqu'à ce petit restaurant suspendu au-dessus de l'Eygues

avant d'aller de la Maladrerie au cimetière de Chantemerle mais dans son souvenir restera gravée la tour Randonne au sommet ciselé.

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 Lire en mai : présence de Provence-poésie...

Denise Biondo et Danyel Camoin devraient rejoindre les 9 et 11 mai le stand de leur ami Chris Bernard président de Portique

à Nyons  où ils rencontreront certainement deux de nos adhérentes: Mauricette Buffe et Michelle Grenier également co-auteurs d'Entre deux eaux avec Claire Gilbert.

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Article N.M

 

 

précédents-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Denise Biondo et Danyel Camoin auraient-ils lâché Provence-poésie pour quelques jours ?  Ce sont surtout leurs retrouvailles annuelles avec un ami président de plusieurs associations qui gouvernent plusieurs concours sur les frontières du Vaucluse et de la Drôme ( Chris Bernard sur la photo avec eux) qui leur ont permis cette fois, en participant à Lire en Mai, de retrouver à la remise des prix du concours de Nyons une lauréate du concours "En Provence" de Pp 2011: Lylianne Lajoinie et l'auteur(e) du poème des coups de coeur: Cent Papiers : Michelle Grenier qui devrait être une des co-auteur(e)s de notre prochain livre : "Entre deux eaux" .

Trois autres visiteuses sur les stands : Mauricette Buffe, Claude-Marie Roux et Claire Gilbert devaient aussi y rencontrer notre président :  accorderont-elles une de leurs oeuvres à cet ouvrage à treize pour 2013 ? 

 

La présentation de "Tous les chemins mènent à Aubagne " et de ses vingt auteurs différents était aussi de rigueur et, parmi de multiples ventes de "Je suis né à Marseille"pour Frank Zorra, les derniers exemplaires d'Affabulations Affables trouvaient aussi acquéreurs à Nyons.

Aux côtés des derniers exemplaires du recueil poétique d'Alice Hugo et du nouveau livre humoristique de Chris Bernard : Mi rires, miroirs.

Malgré des menaces du temps, le soleil était de la partie et des visiteurs emplissaient l'espace Roumanille bercé par quelques notes de musique.

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Article Nicole et Frank  Photos Denise

 

Années précédentes____________________________________________________________________________________

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Provence-poésie en vacances, non ?

Il n'y a jamais de vrais vacances pour l'association mais...

Denise Biondo et Danyel Camoin ont retrouvé à Nyons, sous les arcades, un géant de la poésie, président de l'union des poètes francophones et de Portique, (des Apollons d'Or où l'an dernier, notre amie, lauréate et adhérente Alice Hugo a remporté le grand prix du recueil  et du concours de Nyons qui récompense cette année Lyliane Lajoinie et Philippe Deniard, deux de nos adhérents lauréats de notre prix littéraire d'Aubagne 2011)

mais aussi un ami en la personne de Chris Bernard.

 

Quelques photos de Nyons 2011 ci dessous:

 

 Nyons 2011 0

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Hôtel 2011 nyons 2011 2les oliviers Nyons 2011Nyons 2011 bisnyons 2011 c

 

 

 

 Photos Denise Biondo

Article Frank Zorra

 

 

 

 

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Les voici ensemble une année précédente:

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Après la fête du livre à Nyons le 2 juin où sera présenté le périodique et le recueil du concours 2011: En provence où nous avions conviés deux des lauréates de celui-ci à venir dédicacer un recueil : Lyliane Lajoinie et Claire Gilbert;

Denise et Danyel  ont séjourné un peu dans le fabuleux et accueillant hôtel des oliviers avant de faire un saut jusqu'à Montélimar, le 4 juin, pour recueillir un prix que Danyel a gagné avec sa nouvelle fantastique : le naufragé de l'île aux grenouilles.

Pour les amateurs Pp éditions publie cette oeuvre ci-dessous :

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Le naufragé de l’île aux grenouilles

 

 

Le ressac ramène toujours des objets sur la plage : ce sont mes trésors !

La plage ? Mais quelle plage ? Où suis-je donc ?  A perte de vue devant moi… Une immense étendue d’eau !

Je découvre un coffre échoué dans un état presque parfait renfermant des feuilles de parchemin qui ont résisté au sel de mer ; je les relie ensemble grâce à des bouts de fil que je tresse avec de la laine défaite d’un pull en mauvais état.

Je constitue donc mon journal où je décris mon arrivée, à ce moment-là !  J’ignore la date mais ayant compté les nuits, je sais que je commence à écrire le sixième jour avec une longue plume trempée dans un mélange de jus de coquillages et de sang d’animaux; j’imite ainsi l’encre pour consigner ma vie dans l’île… Il faut que je raconte tout du début depuis le moment où j’ai mis les pieds sur cette terre inconnue pour la première fois…

Ainsi parle le seul survivant d’un naufrage dû à une épouvantable tempête nocturne, qui ne se confie qu’à son journal.

           

            J’avais échoué avec les détritus ; fragments de bois, de tonneau, de tôle… Rien ne ressemblait encore à une machine capable de voguer sur les océans, rien qui ne laissât un instant penser qu’il y eut un équipage… J’étais là, torse nu dans un lambeau de chemise. J’avais dû y être porté par une vague à l’esprit tendre qui n’avait pas voulu m’engloutir, malgré la fureur de Neptune qui  s’était acharné, dans cette nuit inoubliable, sur le Cormoran. C’était le nom affublé à  ce coureur des mers parti admirer le fond de l’eau. Mon pantalon paraissait avoir été retaillé par un requin sympathique qui aurait refusé « ma viande ». Je n’avais plus ni chaussure, ni casquette…

            Ce jour-là, il restait à savoir où j’étais ; malgré ma chevelure épaisse et frisée, le soleil me chauffait le crâne et m’empêchait de réfléchir à moins que ce ne fut simplement le choc. Je me soulevais sur mes bras pour extirper mon visage de ce sable humide qui s’y agrippait comme une sangsue. J’essayais de m’asseoir  pour vérifier si je n’étais pas blessé ! Où avais-je  mal ?  J’avais mal partout ! Mais aucune des douleurs qui léchaient mon corps meurtri n’était assez pointue pour distancer les autres, aucune blessure apparente !

            Je regardais autour de moi mais le soleil m’aveuglait… J’eus pourtant l’impression d’apercevoir une femme étrange, blonde comme les blés, avec une sorte d’oiseau mort incrusté dans ses cheveux au-dessus de l’oreille. Elle apparaissait simplement vêtue d’une sorte de toge transparente de vestale romaine ; une créature de rêve : d’ailleurs, je pensais que je rêvais !

Un sein, du volume d’une pomme, pointait hors du tissu tandis que l’autre tentait de se cacher dans le drapé qui chutait  en se plissant sur le haut des cuisses. Une taille très fine se hissait sur de petits pieds pivotant  sur leur pointe comme pour danser à l’opéra…

Le temps que je frotte mes yeux pour essayer de voir plus clair, elle avait disparu ! Je me soulevais péniblement en vacillant. Je me mis à marcher vers la végétation dense et verte qui faisait face à la plage. Je m’enfonçais entre les troncs craignant de voir apparaître un serpent ou un autre animal, mais je traversais le bouquet d’arbres sans encombre. Ce fut de l’autre côté que l’angoisse m’étreignit :  de l’eau, de l’eau et encore de l’eau ! Des deux côtés s’étendait la même mer qui semblait furieuse de ne point m’avoir avalé : elle rugissait comme un animal frappant sauvagement les rochers de bouquets d’écumes !

            Je pris toutes les différentes directions possibles et chaque fois, aux quatre points cardinaux, je n’aboutissais, par une distance variable, qu’à cette immense étendue bleutée. J’étais sur une île apparemment déserte puisque je n’avais croisé que des grenouilles vertes, des petites comme des rainettes et des grosses presque géantes. Qu’allais-je devenir au milieu de cette immensité ?

            La randonnée que j’avais effectuée m’avait épuisé, à moitié nu sous les rayons ardents, mes cheveux bruns tirant sur le roux, les pieds agressés par les racines saillantes et les cailloux, j’étais revenu à mon point de départ. Heureusement, j’avais noté que, près du trou peuplé de batraciens, se déversait une cascade alimentée en eau douce : au moins, je ne mourrai pas de soif ! Pour la nourriture, il me restait la pêche ou… les cuisses de grenouilles !

Je n’avais vu cette île sur aucune carte, il devait s’agir d’une terre inconnue… Je m’allongeais de nouveau sur la plage, assez loin du ressac  qui remuait les morceaux d’épave. Je m’endormis malgré moi…

Quand je m’éveillais, une ombre sur le visage, se dressait devant moi  celle que je croyais imaginaire ; bien vivante, lumineuse, le soleil tel une auréole dans son dos, une sorte d’apparition féerique !

            En passant ma main sur mon cou, je sentis une ficelle qui n’y était pas avant mon sommeil ; à son extrémité pendait une petite grenouille desséchée. La jolie blonde s’approcha et se pencha vers moi en exhalant un parfum comme je n’en avais jamais senti ; ses doigts effleurèrent mon visage. Elle n’ouvrait pas ses superbes lèvres mais j’avais pourtant la certitude d’entendre :

« -Bienvenu, beau naufragé, je m’appelle Miranda, je protège la nature et les animaux, j’ai fui la foule et me suis réfugiée sur cette île. Je t’ai observé. J’ai senti en toi une flamme de bonté ; j’avais besoin d’un homme comme toi, ici ! »

J’étais effaré, me parlait-elle avec ses yeux ? Je balbutiais :

«-Pourquoi avoir pendu une grenouille à mon cou ?

-Elle est morte ! Quand je l’ai accrochée, elle vivait : ce qui signifie que tu vas vivre. Pendant ton sommeil, tu délirais : on pouvait penser que tu couvais une maladie contagieuse. J’ai préféré m’assurer de ton état.

-Et si elle n’était pas morte ?

-Les malades sont écartés de notre cité secrète… »

            Je la regardais, ébloui mais perplexe, elle parlait, sans ouvrir la bouche, à la manière d’une reine de tribu, pourtant elle était la seule humaine rayonnant de beauté parmi un chapelet d’animaux verts qui s’accrochaient à son habit :

« -Alors, c’est un test ! Pourquoi notre, qui sont les autres ? N’es-tu seule avec les batraciens ?

- Les grosses grenouilles sont des gens comme toi à qui on a jeté un sort qu’il faut conjurer pour les libérer : il faut les aimer, c’est indispensable. Voici Yra, la plus remarquable !

Le mal se cache d’ordinaire à l’intérieur des gens et gâte leur cœur ; dans leur cas, il est visible : plus l’animal  est méchant, plus il devient laid !

- Et celle pendue à mon cou ?

- Une vraie petite  reinette qu’on utilise comme indicateur ! Elle offre un petit bonheur quand on la porte desséchée sur la poitrine ! La grenouille ronge le cancer ! La poudre de ses os avalée devient aphrodisiaque. Si on la mélange à de la farine de galette, on peut envoûter quelqu’un pour le transformer en amoureux docile et fidèle. »

            Elle s’approcha tellement de moi qu’à la fin, ses lèvres se posèrent sur les miennes dans un baiser : il devait y avoir longtemps qu’elle n’avait cotoyé un garçon. Sa peau était douce comme de la soie fine et ses mains, glissant dans mon dos, me faisaient frissonner en effaçant magiquement la brûlure du soleil. Une fée ou une sorcière ?

Comment dire qu’elle était belle ? Elle était au-dessus des mots, indescriptible : un ange, peut-être ? C’était ce que je pensais le premier jour, mais, peu à peu, l’attraction devint pesante et  mon enthousiasme se vautra dans l’habitude… Je n’étais pas fait pour jouer les Robinsons et je me sentais prisonnier… Aussi, les jours suivants, j’essayais de ne plus stagner auprès cette belle créature, cependant à deux sur une île déserte, il paraît difficile de s’éviter !

 

 

Voilà, je reviens au présent. Je me sens un peu Ulysse dans les griffes de Circé. Elle m’a fait découvrir un univers que je n’avais pas vu en courant aux quatre coins de l’île : une grotte creusée au flanc de la colline éclatée en son sommet ! Ce cratère de volcan éteint explique l’ambiance chaude du fond de la grotte qui permet de résister  au froid de la nuit ; le repaire tout entier est aménagé dans cet orifice naturel. C’est merveilleux de se lever au petit matin pour aller marcher dans ce paradis où chantent des oiseaux exotiques, aux côtés de la source limpide qui se déverse dans le bassin intérieur où coassent les grenouilles. Mais, je demeure loin du reste du monde moderne, du téléphone et des habitudes ! Ce serait un lieu de vacances génial, paradisiaque peut-être, mais croquer la pomme tous les jours manque de piment ; on pense alors qu’au-delà de l’eau, on a tout laissé …

            L’absence de famille ou d’amis, ajoutée à la monotonie de ce paradis-prison, me pousse à essayer de constituer un canot de sauvetage. Miranda m’a montré le squelette d’une  barque que je restaure avec des planches du coffre et du bois dérobé aux arbres voisins. Je n’invente rien, d’autres l’ont fait avant moi. Avec l’arc de Miranda, on pourrait chasser mais, refusant de tuer, elle ne mange les oiseaux et les grenouilles que déjà morts, ce qui ne m’enchante pas ; les repas restent donc à base de fruits de mer : coquillages, poissons, algues, étoiles, crabes… Un plateau à faire pâlir les restaurants de Marseille ! Oui, mes yeux s’écarquilleraient devant un bon steak sur le grill que j’ai constitué avec une vieille trappe d’aération.

            J’adore Miranda, elle possède vraiment des dons de magicienne ; elle pense que nous naissons tous avec des pouvoirs mais le stress du monde des villes fait perdre aux gens leur sensibilité, ainsi ils n’observent plus la nature autour d’eux, ne savent plus écouter le silence qu’ils cassent à grands vrombissements de moteurs ou regarder la nuit qu’ils illuminent de bulles électriques. C’est une compagne de rêve que j’aurai voulu avoir ailleurs: elle m’a appris à nommer les étoiles dans le ciel, le soir, sa main dans la mienne. Elle m’a montré qu’on pouvait reconnaître un oiseau à son battement d’aile et une grenouille à son cri sans besoin des yeux, comme on peut se parler par la caresse des doigts sur différentes parties du corps sans prononcer un seul mot.

            Elle me fait oublier que je voudrais partir et je passe plus de temps avec elle qu’à préparer mon embarcation ! Je lui répète qu’un jour je partirai mais je reste comme envoûté… Le temps égraine les jours comme un chapelet et je suis toujours là. J’essaie de la convaincre de partir avec moi, mais elle refuse. C’est son île : elle y restera jusqu’à ce que la vague l’engloutisse ! Drôle d’image dans une telle sérénité.

Est-elle une fée ou une folle accrochée à un rêve démodé de paradis terrestre ?

            Elle parle rarement des hommes qu’elle a connus auparavant. Tous ne lui ont pas laissé de bons souvenirs, elle m’a soufflé que j’étais le premier à qui elle se donnait, les autres avaient voulu la forcer ! Pour elle, le corps ne pouvait ressentir qu’une communion entre l’esprit et le cœur.

Ce jour, le seizième, je crois, elle me regarde et j’entends qu’avant moi, elle a connu un autre homme  fort mais pas assez bon qui s’appelait Eddy. Il a empaillé les oiseaux qui ornent sa coiffure ; il œuvrait dans sa grotte… Je demande où il est maintenant. C’est Yra la grenouille ! C’est un mâle qui a voulu abuser de sa force pour la plier à ses obscénités…et il en a été transformé ! 

            Je tente alors de m’approcher d’Yra, de l’amadouer bien que le fait qu’il soit homme ne m’attire pas, mais j’ai grand besoin d’un compagnon pour finir de construire l’embarcation et m’enfuir de ce piège charnel ; les sens en éveil permanent, je n’avance pas mon travail…

J’ai embrassé Yra pour essayer de lui rendre un visage humain mais cela ne marche pas, ce doit être contre nature : bien sûr, je ne l’aime pas ! Je reste le seul vrai homme pour Miranda que je ne peux m’empêcher d’adorer depuis le premier jour, une passion que j’ai du mal à freiner ! Je me bats contre moi-même partagé entre le désir de retourner à la civilisation et le plaisir auprès d’elle.

J’ai évolué depuis mon arrivée dans ces lieux, le mois précédent. Je comprends mieux qu’on puisse être heureux simplement auprès d’une femme sans avoir besoin de l’étreindre goulûment. Je me sens moins happé par son corps, je la respire…

Je devine sa pensée qui n’a pourtant qu’une simplicité apparente, je la vois paupières closes et l’écoute sans les mots, elle occupe une part de moi. Sa beauté ronge ma résistance et emprisonne mon âme. Je me noie dans la mer de ses yeux, vaincu par l’étoile jaune qui brille en leur milieu et reflète mon image. Mais je dois réagir...

            Le jour vient où le « bateau » du retour est enfin prêt ! Il n’a pas l’allure d’un beau voilier, ni d’une véritable barque, mais il ne coule pas et sera capable d’aller loin. Reste le plus difficile : le moment des adieux.

 C’est alors que le sol se met à gronder, des rochers se détachent des parois de la colline et tombent en écrasant quelques grenouilles. Les autres affolées s’agrippent de leurs pattes à la tunique de Miranda, la seule à pouvoir les protéger !

Le naufragé que je suis, sachant qu’elle ne voudra pas partir, reste torturé par l’idée de la laisser. Il a des difficultés à quitter sa prison, mais l’île semble vouée à la disparition ; il supplie sa geôlière d’emporter les grenouilles et de sauter avec lui dans la barque mais elle refuse une fois de plus…

Le sol commence à s’enfoncer dans l’océan. Le monde de Miranda disparaît comme un univers factice et éphémère. Hissé sur mon embarcation de fortune, je suis propulsé vers mon monde par une déflagration tandis que la princesse, une dizaine de grenouilles accrochées à sa tunique, regarde le niveau de l’eau monter jusqu’à ses chevilles puis rapidement à ses genoux. Je lis dans son regard trouble : « Va, mon amour, tu es sauvé maintenant ! Continue ta route, le destin, un jour, ailleurs, la fera croiser la mienne encore une fois ! »

Non, je ne peux pas la laisser disparaître ! Je voudrais aller la retrouver, mais je nage comme un tuyau de plomb ! C’est le filtre de la grenouille qui m’a envoûté, même si je n’ai plus son effigie autour du cou, je ne sais plus vivre sans elle ! Il y a déjà tant d’eau entre elle et moi …

             

 

« Il a du plonger pour la rejoindre ! » Le capitaine qui lit imagine sa réaction amoureuse au dernier moment. Une grimace sur son visage raviné, cet homme vient de parler seul emballé par le récit !

Au milieu de l’immense océan, un bateau de pêche a signalé par tribord une barque étrangement constituée …une embarcation vide ! Les matelots n’y ont trouvé qu’un grand cahier formé de pages écrites avec du sang d’animal et reliées par des bouts de fils de laine. Ils l’ont remis à leur officier. Après avoir donné ses consignes à l’équipage, le vieux marin s’est assis. Ses yeux ont parcouru les pages du manuscrit et extirpé de ces lettres mal formées les images fondues dans les mots …

Le conteur a dû continuer d’écrire dans la barque malgré les secousses avec son propre sang, s’entaillant sans doute un bras avec son couteau. Il a tout consigné dans ce journal, son livre de bord, son carnet de vie ; c’est une sorte de bouteille à la mer apportée par ce canot parti finalement sans lui…

Sur l’immensité bleue, aucune trace de plage ! S’il est vrai qu’il existe des îles mystérieuses et volcaniques apparaissant et disparaissant à la surface des océans, le reste du récit paraît un conte de fées au point de vue du navigateur. Le naufragé a rejoint son rêve d’amour et sa terre enfouie réapparaîtra peut-être un jour… Qui sait ?

Dans l’immense océan, se reflète le ciel, ces deux grands espaces s’épousent sur l’horizon observé par l’homme qui n’a pas encore tout découvert. Il reste tant de mystères qui s’accrochent à la nature.

 

cpyright DC éditions texte protect

concours Juliette Astier Montélimar

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L'an dernier sous les arcades:

Formidablement accueilli, la veille, à l'hôtel des oliviers (l'arbre fétiche de Danyel) malgré le temps pluvieux et les travaux de la place, - nous vous conseillons de vous y arrêter si vos pas vous amènent jusqu'à son restaurant-, Denise et Danyel ont rejoint, le 13 au matin, Chris Bernard, Président de L'UPF et de Portique. Sous les arcades, c'était la journée de dédicaces de Nyons où les fantômes du vieux moulin à l'honneur ont battu leur record de vente de l'an dernier. Danyel y a aussi présenté le guide des trésors de  Marseille, bien sûr, et le monde magique de l'enfance (éditions Bénévent) et récupéré pour la bibliothèque une oeuvre du spécialiste de Nostradamus qu'est Chris, pendant que Denise vantait les Affabulations Affables qui ont, semble-t-il, plu au président...

Provence-poésie vous offre ci-dessous quelques reflets de cette journée et vous propose de vous référer à la page Portique et les apollons d'or  à droite de l'écran  pour trouver les réglement des grands concours littéraires de Nyons, Buis et Vaison La Romaine.

 

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Vous pouvez voir ces photos en grand format en activant le diaporama de l'album dédicaces  

 

  

  Article Frank Zorra

 

 

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