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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 19:23

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Le premier auteur de Pp éditions, celui qui l'a pratiquement inventé a pactisé avec un plus gros éditeur :

l'enfant terrible de Provence-poésie va sortir du midi et voyager dans le Nord... vers les steppes de Mr Brun.

"Je m'appelle Zorra, Frank Zorra, comme Zorro mais avec un a"

C'est avec cette phrase que s'annonce le héros de Je suis né à Marseille, issue d'une des premières productions de Provence-poésie éditions, présentée l'an dernier au carré des écrivains à Marseille, Frank Zorra est devenu auteur à part entière et remercie ses admirateurs (ou admiratrices :  Erine Lechevalier, Janine Ravel, etc...) et surtout ceux qui comme Chris Bernard ont laissé un commentaire sur Internet pour saluer le murmure du "pastaga" dans l'eau glacée, un remue-méninges signé Frank publié dans les pages Provence-poésie ainsi que Denise Biondo qui a réécrit une de ses enquêtes pour en faire : l'enfant qu'on peignait en bleus présenté à plusieurs concours dont celui où il a récolté un prix d'honneur.

Pour faire plaisir à ceux qui passent de la poésie au jargon franco-marseillais de Frank, nous informons que les éditions Baudelaire de Lyon publient le plus grand recueil d'enquêtes du détective atypique marseillais ainsi l'on peut dire à la manière de Lino Ventura dans un film de Boisset: "Zorra, il est à Lyon, Zorra !"

 

  Juste pour avoir l'eau à la bouche, voici ci-dessous une nouvelle du même genre :

 

 

La vieille dame du palais Longchamp

 

 

 

            Le palais Longchamp, château d'eau admirable, source intarissable d’enchantement, ne se décrit plus. C'est un joyau de Marseille. L’escalier m’amène jusqu’aux colonnades encadrant les femmes et les taureaux sculptés dominant les bassins. Monument historique à la gloire d’Espérandieu, il ouvre l’accès au jardin qui jouxte l’ancien zoo dont l’entrée se situait jadis près d’un cinéma de quartier qui protégeait ma naissance.

Et vouais ! C’est mon côté cinéma, ça.

C'est là que m'avait fixé rendez-vous mon client de manière assez étrange je dois le dire. Habituellement, je recevais à mon bureau près du Vieux-Port.

En attendant mon client je me promenais dans l’allée qui conduisait autrefois auprès des cages du parc zoologique, c'est dans cet environnement que la mairie du cinquième arrondissement distribuait des prix de poésie au mois de mai et un ami à moi, un poète, y avait gagné une coupe pour une fable.

Il n'y avait pas grand monde dans le jardin au soleil ce jour là. J'ai remarqué toutefois une vieille dame tout habillée de noir avec un chapeau et des lunettes qui fouillait son sac d’une manière assez particulière. Je ne sais plus pourquoi cela avait attiré mon attention mais je l'oubliai assez vite en voyant arriver mon client dans son costume de président sans garde du corps, distingué et hautain dans ses chaussures en cuir bruyantes.

            Encore un mari jaloux, quoique d'après la photo de sa femme, il y avait de quoi ! Il devait avoir plus de cinquante ans et être bientôt à la retraite : avec sa « pastèque », pardon, son embonpoint et son front dégarni agrippant quelques cheveux blancs, il paraissait plus vieux que moi bien que plus fortuné. Et même à l'heure du Viagra, une épouse de guère plus de vingt ans, cela n'aurait pas dû être permis. En plus, ce n'était pas un boudin !

Elle s’appelait Aurélie à l’instar de la femme du boulanger. Bien sûr, on la soupçonnait d'adultère.

La vieille dame passa près de nous, me dévisageant avec un air guindé en balançant son sac à main.

 

            Après quelques jours de filature d’Aurélie à ma façon, je ne le lui avais trouvé aucun amant et aucun homme ne collait à ses basques sinon moi-même. Alors, que dire de ses absences ? De ces moments où elle fuyait son mari pour s'isoler... Eh bien, ce n'est pas si simple mais la belle était cleptomane ! Mais d’un genre assez particulier parce qu'elle ne volait pas n'importe quoi : elle était particulièrement attirée par les bijoux et pas forcément dans une bijouterie mais dans tous les endroits où on pouvait en trouver à commencer par les grands magasins de la Canebière ou de la rue Saint Férréol, c'est là que je l’avais surprise, toute simple, à peine maquillée, en jeans et baskets, bien sûr, très discrètement et sans rien dire à personne. C'était curieux. On aurait dit qu'elle attendait que je sois là pour agir ; impression idiote, elle ne pouvait pas savoir que je la filais, voyons !

            Je n'avais pas à me substituer à la petite police. Il ne s'agissait pas pour moi d'un crime nécessitant d'appeler mon amie la commissaire. Cathy avait d'autres chats à fouetter que de s'occuper de ces petits larcins. Mais que devais-je dire à mon client ?

Je me résignais à simplifier mon rapport et dire simplement qu'elle passait son temps à fouiner dans toutes les boutiques qui pouvaient l’intéresser et notamment celles qui présentaient des colliers ou des bagues. Il pouvait très bien me rétorquer qu'elle avait largement assez d'argent pour s'en acheter et n'avait nul besoin de les voler. Aurais-je eu l'aplomb de soutenir son regard et de lui dire que c'était simplement une cleptomane et non une « cagole » ?

De toutes façons, quand on dit à un mari qu'il n'est pas cornu, il soupire suffisamment pour ne pas chercher trop loin.  J'étais là pour gagner de l'argent et il était inutile de continuer une enquête pour découvrir ce qui était déjà découvert. Dommage !

 

            Pourtant à une soirée où j'étais invité par l'officier de police Régine Moineo,¨ une dame, la digne épouse du préfet qui portait un collier de prix le vit soudain disparaître en sortant des toilettes. Elle ameuta tous les invités en criant comme une partisane. Les policiers étant déjà sur place, il était inutile de faire sonner les sirènes : une enquête fut menée sur place, on bloqua toutes les issues empêchant tout le monde de partir sans être contrôlé. Sur le moment, je n'y avais pas prêté attention ayant oublié ma précédente enquête mais il me sembla avoir mémorisé un visage que je connaissais mordillant sa lèvre inférieure épaisse dans un sourire désarmant, celle-ci était en robe de soirée de satin gris somptueusement éclatante avec sa coiffure maintenue par un diadème en argent : une splendide blonde hissée sur des escarpins à lanières, c'est le genre de femme que je remarque toujours même lorsque mon nez n'hume pas leur parfum.

Et réflexion rapide de détective, c'était Aurélie ! Mais je l’avais connue beaucoup plus décontractée. C'était l'épouse de mon client de Longchamp. « Tè», un collier disparu, je pouvais faire le rapprochement ! Seulement là, ce n'était plus dans un magasin et c'était un vol à la tire très particulier au milieu d'une assemblée où on pouvait la remarquer. Il fallait que cette fille soit vraiment une rapide ralliant l'agilité de ses doigts en reflets de la rapidité du coup d’œil mais évidemment avec le regard qu'elle avait... Pauvre détective ! Et là, dans une telle robe sans sous-vêtements pour ne pas me marquer le tissu fin... D'ailleurs, avait-elle besoin de « soutien-balles » avec de pareils obus. Elle était fardée, beaucoup mieux vêtue qu'au début, plus femme tentatrice comme si elle savait que je la suivais......

            Évidemment, on ne retrouva pas le collier malgré la fouille de la plupart des personnages suspects sortant de l'immeuble et personne, y compris moi, ne vis sortir Aurélie de là. Je finissais par penser que je m'étais trompé et qu'il ne s'agissait pas d'elle. Un détail pourtant me choqua. La sortie de cet immeuble d'une vieille dame tout habillée en noir portant des lunettes et un sac à main, une vieille dame que j'étais persuadé d'avoir déjà rencontré sans me rappeler bien où. Il est vrai que d'ordinaire mes yeux se portent sur les femmes plus jeunes mais celle-ci exhalait un parfum qui ne m'était pas inconnu et que je ne savais pas définir. Ce n'était pas le genre qui escorte habituellement les grand-mères. Et le clou de l'histoire était une carte de visite épinglée dans le dos de Miss Moineo et portant la signature de A. Lupin. Régine crut à un farceur. Moi, pas.

            Quelques jours plus tard, eu lieu un vol à la banque, ce n'était pas un cambriolage ordinaire mais une jeune dame venue acheter une bague avait dérobé une parure de grande valeur et l'établissement déposait une plainte qui engageait la police à lancer un avis de recherche. Or le signalement correspondait à Aurélie. Étant un peu concerné puisque l'on rapprochait ce vol de la farce faite à Régine, je menais une enquête discrète et malheureusement gratuite pour vérifier l'emploi du temps de Mme Aurélie. Je ne dis pas que j'y prenais quelques plaisirs à suivre le balancement de ses hanches quelque peu convexes hissées sur talons qui conduisaient dans les endroits les plus divers mais c'est encore plus beau lorsque c'est inutile. J'avais cependant, comme on dit, l'impression de me faire pigeonner.

            On trouva encore plusieurs fois cette carte signée A. Lupin. Une fois encore le bâtiment cerné ne permit pas de prendre la coupable. Mais, cette fois, la présence de la petite dame en noir m'intrigua beaucoup plus que la fois précédente…

Peu après, je liais connaissance avec Mamé Rose, c'est ainsi qu'elle me demanda de l’appeler : « Moi, c’est Zorra, Frank Zorra, comme Zorro mais avec un a, me présentai-je mais elle me disait : «  mon gàrri », tu parles d’un surnom ! J'étais sûr qu'elle avait un lien avec les vols, peut-être une parenté avec Aurélie, une lointaine ressemblance car l’aïeule toute voûtée derrière ces grosses lunettes n'avait pas le chic de la femme de mon client pour attirer le regard mais elle se mordillait la lèvre inférieure quand elle souriait. Faire accuser « Mamé » n'était pas évident !

            Le dernier vol tourna très mal. Un des policiers fut tué. Cathy Scrivat intervint : elle se moquait de la cleptomane mais dans cette affaire, il y avait un mort ! Et cela changeait tout pour la commissaire. J'avais fait ami-amie avec Mamé Rose et, peu à peu, j'avais percé le secret : « L'âge, Madame, que nous importe ! » En fait, Mamé et Aurélie ne faisait qu'une ! Un déguisement super ! Une sorte d'armure souple lui permettait en peu de temps de revêtir la panoplie de la vieille et sa souplesse naturelle lui permettait de se voûter et de disparaître sous son masque de rides derrière ses lunettes. Et moi j'avais démasqué Aurélie en me rappelant de ce qui m'avait marqué dans le palais Longchamp : la vieille manipulait dans son sac des bijoux ! C'était ce détail que je cherchais dans ma mémoire qui sortait enfin de son trou ; voilà l’œil du détective !

            Je reçus une carte de visite sur laquelle on avait écrit : « Les Lupin ne tuent jamais ! Je n'ai pas tué. C'est le deuxième le flic qui a tué son copain parce qu’il couchait avec sa femme, profitant du feu de l’action pour régler ses comptes… »

J'ai tendu un piège à Aurélie. Un bijou auquel elle ne pouvait pas résister et là, je l’ai démasquée : plus question de rentrer dans la peau de la petite vieille pour s'échapper. Je l'ai attrapée par le cou, l’arme à la main, mais elle n'opposait aucune résistance. J'ai glissé l'engin inutile dans la poche de ma veste. Elle s'est approchée tendrement de moi. Elle a posé ses lèvres sur les miennes et discrètement usant de son talent de subtilisation, elle a tiré de ma poche mon arme et l’a braquée sur moi. J'ai crié :

« Si tu me descends, ce sera pire pour toi, ils penseront tous que tu as tué le policier. »

Elle a posé l’arme en marmonnant : « les Lupin ne tuent jamais ! »

Je lui demandais quel rapport entre elle et Lupin, le personnage de roman. Elle m'a dit que son nom de jeune fille était bien Lupin, d’autre part Aurélie commence bien par un A comme Arsène, la suite était facile à comprendre.

Je me suis approché d'elle et j'ai respiré J’adore de Dior, le parfum qui transpirait sur Mamé Rose ! Grossière erreur ! Je me suis senti bizarre comme drogué. Elle a souri… Elle m'a embrassé. Un coup de la langue est bien pire qu’un coup de lance ! Jusqu’à en faire frissonner les poils de ma moustache.

            Les policiers frappaient à la porte. Je n'avais qu'à leur ouvrir et c'en était fait de la voleuse d'autant que je la tenais dans mes bras par les épaules, sa grosse lèvre collée à la mienne, mais je l'ai lâchée lentement comme lorsqu'on sort de rêve et qu’on le laisse glisser loin de soi en se réveillant. Je n'ai pas ouvert la porte. Je l'ai regardée partir... Elle a ouvert la fenêtre, a jeté ses chaussures et s'est glissée par la corniche, pieds nus, jusqu'à l'appartement d'à côté. De tout petits pieds cambrés comme je les aime ! Même en jean, elle avait un charme certain : la cambrure des reins, comme dirait Monsieur Brassens. Dieu sait que je n'aime pas les filles en pantalons mais... Je lui ai laissé le temps de disparaître. Une larme au coin de l’œil, je me léchai les lèvres. Saveurs d'un baiser qui s'enfuyait déjà. Curieux, n'est-ce pas ?

Pourquoi l'avoir laissée filer ? J'entendais déjà la question dans la bouche de Cathy... Et ma réponse évasive :

« L’âge, Madame, quelle importance ! »

Et depuis, quand je traverse le palais Longchamp, on se demande certainement pourquoi j’observe toutes les vieilles dames…

 

 

Frank Zorra. Les années 2000



¨ voir le murmure du pastaga dans l'eau glacée dans les pages de droite, autre aventure de Zorra

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Published by Pp editions - dans littérature
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