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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 12:55

Provence-poésie vient d'éditer, pour l'instant disponible sur commande, le deuxième volet des Poutounades de Danyel Camoin. 

Le premier volet (Fabulations du pays d'Aubagne), dispo en médiathèque Marcel Pagnol, est toujours disponible à la vente pour les amateurs.

Le deuxième opus plus tourné vers Marseille sera présenté au carré des écrivains en Novembre et sur quelques stands de l'été notamment à Carqueiranne.

Son titre Les contes (marseillais) du Garlaban.

Même prix et présentation que le précédent mais plus épais et le diable succède au curé car ces contes-là sont un peu plus paillards que les précédents...

les-contes-001.jpg

 

Voici en prime un extrait de ce livre de 162 pages où on devine la rencontre de l'auteur avec Frank Zorra

dans un duel provençal à la Sergio Léone mais...

 

 

 

Pour quelques billes de plus...

 


Dans la cour de l’école maternelle, au temps des sixties, dans la Provence marseillaise, le pays des jeux de boules, il se trouvait un garçon brun qui paraissait posséder des doigts de fées : il réussissait tout avec eux et, en particulier, gagner des billes de toutes les couleurs. Il était très grand pour son âge et s’appelait Sébastien… Mais cet enfant avait un point faible qui s’appelait Marie-Agnès, une petite fille qui était si jolie que tous les garçons de l’école voulaient partager leur goûter avec elle ; avec ses tresses brunes, on l’appelait l’indienne et autour d’elle, les cow-boys pullulaient comme des mouches.

         À l’époque, on n’avait pas encore le guide du zizi sexuel de Titeuf, et, garçons, l’on ne voyait pas très bien pourquoi le monde était empli de filles et à quoi elles servaient : pour les bébés, il existait les artichauts, les roses ou les cigognes et pour les jeux, on était bien entre futurs hommes où la castagne était de rigueur ! Ces filles, avec leurs petites robes, ne connaissaient que les sauts de corde ou la marelle… On ressentait une attirance inexplicable pour les petites gentilles, mais «cool» !

         Face à Sébastien, on voyait souvent un autre garçon, blond aux yeux bleus, qui s’appelait Francis ; lui-aussi était attiré par la petite brune mais ne parlait à personne. Il avait un problème pour communiquer. Alors, il l’avait tirée par la main pour la convier à ses jeux : elle n’avait pas compris ce message d’intérêt ; de plus, Danielle, une grande blonde maigre à cheveux frisés, le visage tout tâché de points roux qui le repoussaient malgré lui, s’était interposée… Il avait dû la gifler fortement pour qu’elle s’en aille ! Après ce geste, bien sûr, il avait été puni et toutes se tenaient à l’écart. Pourtant en chahutant, il avait été mis à la porte de sa classe en même temps que Marie-Agnès ; il en était content, car tous, plus tard, avaient dit à Sébastien qu’il était « sorti » avec elle !

         Pour récupérer quelques regards des jolis yeux noirs féminins, Francis, qui se faisait appeler Frank, avait lancé un défi au Grand Sébastien : un duel à mort… Aux billes !

Une partie sanglante et interminable se déclencha entre les cours, occupant toutes les récréations, de chocs de billes, de mélanges de couleurs, de sacs qui se vidaient, d’acclamations et même de coups de poing ! Frank, pourtant très adroit à ce jeu, perdit toutes ses illusions…

Avec ses billes et le regard de la fillette.

« — Ce n’est pas parce que tu t’appelles Zorra qu’il faut te prendre pour Zorro ! »

Sébastien devait être protégé par les fées ou les sorciers. La situation criait vengeance mais la vie les sépara, l’école communale, avec ses cartables lourds de l’époque, prit la priorité…

         Ce jour-là, pourtant, quelques années plus tard, s’étaient retrouvés les deux gamins, face à face dans la cour du lycée, comme dans un film de Sergio Léone, réalisateur italien célèbre qui tapissait les murs de la ville des affiches de ses films : dans son baladeur à cassettes audio, Frank laissa monter le son de la musique de la montre : la reisa dei conti. C’était la musique principale du second western : celle du duel final !

La cour du lycée s’était vidée et ils étaient seuls à tourner autour pour se placer sans avoir le soleil dans les yeux : à la ceinture, un pistolet…à eau !

La casquette rabattue sur les yeux sous le soleil du midi, ils s’arrosèrent jusqu’à plus soif.

         Marie-Agnès n’était plus là, elle ne verrait rien, mais elle restait dans leur esprit et surtout dans la tête de Frank qui marchait maintenant vers son ennemi qui pressait sa gâchette. Il évita de justesse le jet par une rapide rotation de son corps, puis il vida son chargeur en plein visage de Sébastien, pourtant l’eau s’évapora sans le mouiller ; toujours protégé par les fées, cet «enfoiré», pensa Frank, mais il ne se démonta pas et lui proposa une revanche aux boules ; à la pétanque, oui, là, le Seb, il prendrait sa « raclée », hors de l’établissement, sous le regard des grandes, celles qui ont «  les seins qui poussent » disaient ses copains : certaines en avaient plein le visage, des petits seins miniatures presque rouges ; sa mère disait que c’était à cause de la puberté ! Une maladie d’ado !

         Le lendemain, sautant un cours, le jeune garçon signa son carnet d’absence lui-même ; il se dirigea vers Notre-Dame-de-la-Garde, grimpa tous les escaliers,- à cette époque-là l’ascenseur avait déjà disparu-, et il traîna ses boules jusqu’à un bénitier où il les trempa. Avec son unique pièce de monnaie disponible, il acheta un gros cierge et l’alluma, puis le déposa aux pieds de la statue. Il fit un signe de croix rapide, attacha la courroie qui maintenait les boules à sa ceinture et prit le chemin du retour en pensant ;

« Avec ça, il est cuit, nous aussi avons notre fée !

Eh ! Ho !Pourvu que l’eau bénite ne fasse pas des trous dans mes boules… Celles du vainqueur ! Et le cul de Fanny, c’est pour le Seb ! »

         Enfin vint le jour de la vengeance ! Même les nourrissons sortaient la tête de leurs landaus en mâchonnant leurs sucettes pour voir cela ! De fait, les mamans étonnées arrêtaient la course effrénée des roulettes pour accorder un instant de leur précieux temps à cette rencontre. Le soleil jetait une pluie d’or sur la Provence et donnait aux toitures environnantes des reflets d’argent bleuté en chauffant l’argile, et l’on cherchait à organiser le terrain de boules pour que les champions n’aient pas ses rayons dans leurs fragiles pupilles ! Un vrai western marseillais !

         Frank regardait Stéphanie, la serveuse, qui s’appuyait par une épaule à l’encadrement de la porte du bar. Hissée sur de hautes chaussures de bois qui laissaient ses orteils dépasser de la lanière en cuir pour remuer des ongles abîmés, repeints en rouge vif ; comme si elle n’était pas assez grande avec son mètre soixante-cinq, elle paradait.

Evidemment, comme cela, son immense postérieur était juste à hauteur des yeux des petits ; déjà quand elle se penchait pour servir  avec son tablier blanc accroché sur sa mini-jupe noire, on apercevait le bas de la partie à embrasser et le petit slip blanc ressemblait déjà à un string.

C’était elle qui avait posé, les deux ballons à l’air libre, pour le tableau qui trônait sur le mur principal du bar, face à l’entrée ! Rien à voir avec la Fanny qui vendait des coquillages, il s’agissait de celle des boulistes !

         C’était une femme de trente-cinq ans, plutôt ronde avec un grand décolleté qui montrait une partie des deux biberons qu’elle réservait à son bébé derrière son corsage rose. Et dire que certains disaient qu’ils voudraient perdre pour embrasser ces deux montagnes de viande !

         Et les mamans murmuraient qu’elle avait de la cellulite : de la jalousie ! À choisir, les fesses de Marie-Agnès demeuraient sans doute sublimes, quoi que deux gousses d’ail, comme disait son grand-père qui semblait préférer les mappemondes.

         Stéphanie en le regardant prit un large sourire et écarta ses lèvres fardées en secouant ses longs cheveux bruns frisés. Elle se flanqua une tape sur la croupe pour lui montrer qu’elle l’attendait. Il se sentait devenir, comme certaines pivoines, rouge de honte puis blanc de peur !

« — Horreur ! Il n’est pas question de perdre ! »

Il fit le signe de croix, une des rares fois dans sa vie, il jura, cracha et piétina…

         Les ennemis marchaient à pas lents en se tournant autour à distance, les manches retroussées. Les boules pendues à la ceinture par une solide lanière de cuir brun, prêts à les dégainer pour pointer la meilleure approche du cochonnet clair.

Frank avait rabattu une casquette de marin au-dessus de ses yeux pliés en fente de boite aux lettres tandis que le grand Seb ouvrait des billes bleues comme celles qu’il avait gagnées jadis ! Il risquait sa popularité sur ce coup mais il se disait que ce blanc bec ne pouvait pas gagner, c’était un «gland» !

         Premier à pointer, Frank leva majestueusement le bras droit : la boule brillante tournoya et alla se coller au bouchon ; « Tè ! Il tête, eh ! »

Le tir pourtant très précis d’un autre joueur la manqua et la boule s’abattit avec un choc de regret, en se faisant huer, dans un nœud de racines du gros platane voisin. Le patron du bar hurla :

« — Oh ! Il va me le déraciner le platane ! Reste dans le jeu, va ; couillon ! »

         Le grand Sébastien s’approcha du cercle de positionnement que l’équipe de Frank avait tracé dans le sable dur avec un éclat de bois : il rapprocha une boule noire de son nez comme pour l’embrasser puis visa, l’éjecta dans un geste d’athlète, et la suivit du regard ainsi que les autres participants : la pauvre boule de Frank fut projetée, elle aussi, au pied du gros platane !

         La partie continua laissant un match nul entre les deux adversaires. Des participants s’éliminèrent peu à peu, jusqu’à laisser seuls, face à face, quatre champions pour la finale. La dernière manche en treize coups : Frank et son compagnon Marcel restaient à zéro sous les railleries des autres qui leur jetaient des sarcasmes :

« Eh ! Frank, tu sens ? C’est le fumet de Fanny ! »

         Et là, quelque chose de mystérieux se passa ; une jeune fille blonde se rapprocha de Marcel et il fut immédiatement pris d’une crise aiguë d’éternuements. Il dut abandonner la partie. La blonde demoiselle proposa de le remplacer. Frank crut reconnaître Danielle, celle de la maternelle ! Il eut quelque réticence à jouer avec elle mais les autres le poussaient. Et de toutes façons, au point où il en était ! La partie se poursuivit donc avec ce nouvel équipier… Une fille ! La Honte…

         Quand la boule noire de Sébastien allait, à coup sûr, fracasser la boule brillante de Frank, la jeune fille claqua des doigts, la boule se dévia de sa trajectoire et se fracassa dans les racines apparentes ; le premier point demeurait. Aussi la situation se renversa vite : match nul encore !

La manche devait se rejouer et l’on recommença…

         Avec un geste stylé qui faisait frissonner sa jupe plissée à carreaux noir et blanc, la jolie blonde secouait ses longs cheveux et plaçait ses boules collées au cochonnet comme si elle les télécommandait.

Elle souriait sous l’admiration visible de Frank dont les tirs ne valaient pas ceux de Sébastien mais éliminaient les points adverses. Quant au champion, il n’était plus maître de ses boules et criait à la malédiction ! « Fan de chichourlo ! » Frank reprenait confiance et lui cria :

« — Alors, tu remontes le score ou vaï cerqua Molinari ? ©»

La vengeance reste un plat qui se mange froid.

La dernière série de points le laissa à zéro, un zéro flambant ; treize pour Frank et Danielle, Zéro pour son copain et lui !

         Tous le poussèrent vers la honte de sa vie !

Au fond du bar, à l’abri des regards extérieurs, le grand Sébastien, devant une salle remplie plus que de coutume, vint s’accroupir devant les fesses nues de la Fanny et y déposa ses lèvres. Et pour eux ce n’était pas un vulgaire tableau mais une belle paire parfumée. Son copain fit de même et les badauds se retirèrent ; il n’y avait plus rien à voir !

         Frank, après les acclamations, s’approcha de Danielle et lui demanda de s’expliquer : elle avait l’œil hagard et un comportement bizarre et elle n’ouvrait pas les lèvres… Pourtant, il entendit une réponse à l’intérieur de sa tête :

« — Ne change pas d’expression et crois-moi ! Je suis la fée bleue, j’ai occupé provisoirement cette apparence pour jouer à tes côtés ; tu as gagné ! J’ai simplement éloigné les forces maléfiques qui protégeaient l’adversaire pour que la partie soit équitable : je l’ai fait dans le corps d’une fille que tu pourras remercier de sa participation quand je me serai retirée… Ne t’étonne pas, elle aura du mal à comprendre comment elle a pu gagner, mais tu verras, c’est une gentille fille agréable ! »

         Il était sidéré, elle le tira par la main dans les toilettes du bar, et là, sa bouche s’ouvrit :

« — Serre-moi fort dans tes bras sinon je vais tomber, d’accord ? »

         Un énorme nuage bleu envahit la petite pièce avec une odeur bizarre, celle qu’on sent après un feu d’artifice, et quand il se dissipa, le jeune homme vit une sorte d’oiseau bleu qui s’envolait, en piaillant à tue-tête, par le petit fenestron à barreaux.

         Il regarda le visage de la fille devenue énormément lourde dans ses bras en poids mort ; elle avait l’air de se réveiller d’un profond sommeil et lui demanda ce qu’elle faisait là… Il lui expliqua qu’après avoir gagné la partie avec lui, elle s’était évanouie et qu’il l’avait traînée jusque-là pour lui éponger le visage.

         Il la regardait, c’est vrai qu’elle était jolie maintenant, elle avait perdu ses taches rousses et son visage n’était pas envahi de ces miniatures de puberté. Il admirait sa chevelure blonde ondulée qui n’avait plus rien à envier aux noires tresses de Marie-Agnès. Il l’avait soutenue sans trop y penser par les monts que Fanny rendait célèbres, et, ceux-là ne connaissaient certes pas la cellulite ! Contre lui, il avait senti deux petites bosses sympas qui ressemblaient très peu aux biberons vivants et qui lui donnaient, malgré lui, une certaine envie de faire plus ample connaissance…

         Il lui a appris à jouer vraiment à la pétanque  et ils ont réellement remporté des coupes ; enfin, c’est ce qu’on nous a raconté mais ce n’est peut-être qu’une histoire marseillaise…

 

 

 

 

 



© On va chercher Molinari : pour les marseillais, réputé pour tout savoir faire.

 

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Published by Pp editions - dans littérature
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commentaires

Héloïse 18/08/2014 21:46


Merci de m'avoir permis de faire avec un grand bonheur un petit tour dans ma jeunesse. C'est juste ce qu'il faut, bref... j'avais quinze ans!


 Encore merci.

Pp editions 19/08/2014 14:20



merci à vous de nous avoir rejoint


le 6 décembre en contant derrière Montand nous allons en public remonter dans le temps et l'entrée sera gratuite


d'une autre façon nous avons quelques livres au catalogue qui peuvent vous faire voyager en ce sens


Libre à vous


Le président de Pp



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