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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 16:23

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 Nicole Manday et Danyel Camoin présentent un avant goût de leur prochaine collaboration : au-delà du seuil…

 

  Evolution 2022

 

(Ce conte d’anticipation a été primé au concours de Arts et lettres de France)

 

 

            Thierry soupire en tirant son attelage de fortune sur la côte recouverte d’un manteau cotonneux où seules deux tranchées tracent son passage. Par temps clair, de ces hauteurs, on voit la ville  dans la plaine jusqu’à la mer, mais là, la vision est trouble.  La seule couleur qui domine la crête voisine le blanc, la blancheur dans tout son camaïeu. Dire qu’il était venu habiter là parce qu’on lui avait dit que la plaine marseillaise risquait une énorme inondation ! C’est vrai qu’en l’an 2000, il a failli mourir noyé dans sa voiture et s’est échappé en sortant à travers sa portière avec une atroce angoisse car il nage très mal à cause d’un problème d’articulation. Depuis les dérèglements climatiques, il existe tant de zones inondables…

 

 Le village est isolé à cause de la neige depuis plusieurs jours. On n'avait jamais vu une couche aussi tenace et rien n'avait été prévu. D'habitude, elle fondait au bout de quelques heures. Il ne neige plus depuis trois jours déjà, et les cinquante centimètres se maintiennent. On a dégagé la route à la pelle ; les chasse-neige ne montent là que par le chemin charretier élargi. Selon la volonté du maire, tout avait été conservé pour le site touristique, un des meilleurs revenus de la petite commune, mais en hiver, il faut peiner pour monter « le lacet », c'est ainsi qu'on avait surnommé la côte à virage dangereux souvent verglacée.

La camionnette de l'EDF a basculé dans le petit ravin et, à moins d'intervenir en hélicoptère, les sociétés extérieures, qui ont déjà beaucoup de travail ailleurs, ne peuvent rétablir le courant sur les poteaux ; le poids de la neige a cassé les fils. Le maire disait depuis longtemps qu’il fallait câbler le réseau mais cela n'avait toujours pas été fait et les derniers habitants l'accusaient de promesses électorales. Le malheureux député vient de mourir en dérapant, sa tête a heurté un pylône.

Rien que des poteaux en ciment ! Aucune utilité dans le foyer… Pense Thierry.

Nombreux parmi les villageois étaient partis habiter dans les villes, mieux défendues contre les intempéries. Celles-ci redoublaient depuis laissant penser que la planète tout entière était en colère.

            Thierry, employé municipal, a été choisi dans le but de convaincre chaque propriétaire environnant de donner des provisions et de quoi se chauffer pour le bien de tous. C’est le regroupement communal d’intérêt public qui décide : c’est fou ce que les politiciens savent trouver des mots nouveaux enjolivés à seule fin de dire qu’on est dans « la merde » pense Thierry  qui s'est mis en demeure de trouver du bois pour la salle publique. On y recueille les sans-abri qui ne peuvent rejoindre un habitat correct et ceux qui ont déserté leur logement beaucoup trop isolé en préférant donner ce qu’ils avaient en communauté.

 

Lorsqu'il arrive chez Marie-Madeleine, il s'attend à être refoulé mais elle lui ouvre en ronchonnant sur le fait qu'elle n'a toujours pas de courant : la belle chaudière qu’on lui a installée ne démarre plus malgré le fioul en réserve... Vêtue de noir jusqu’au pied, à l’instar d’une nonne sans coiffe, elle se prend pour une sainte rattachée au blason de sa famille de haute noblesse autrefois. Thierry lui dit que même le réseau fourni par les éoliennes n'alimente plus la maison du peuple parce qu'il n'y a plus de vent. Les nouveaux systèmes de chauffage comme les anciens basés sur le courant ne fonctionnent donc plus. Il faut utiliser les anciennes ressources. On remet en action les cheminées, le bois, les inserts et le charbon de bois qui permettent de tenir plus longtemps. Dans l'entrepôt adjacent à sa maison, sont entassés de vieux meubles, il lui propose de les brûler.

La vieille s'écrie qu'il est fou ! Ce sont des chaises et des bahuts de prix ; du Louis XV authentique ! Des meubles venant de sa famille. Thierry dit que si la situation persiste, elle sera bientôt condamnée à mourir, alors Louis XV ou pas, ce n'a plus d'importance ! La vieille le traite de malotru et le chasse à coups d'ombrelle. Thierry pense que même Guy De Maupassant aurait brûlé ses livres par instinct de survie mais la veuve s'accroche à quelques stères de bois parce que celui-ci s'appelle Louis, peu importe le chiffre ! Patrimoine, patrimoine, s'il a tant de valeurs, elle aurait dû le vendre à la ville au lieu de l'entasser le laissant, peu à peu, « bouffer » par les termites. Il pense encore au superbe feu de joie que donnerait la commode devant les yeux brillants des enfants, eux qui « crèvent » de froid dans la salle commune nourris au chocolat chaud sucré. Il ramasse sur son chemin quelques brindilles et une branche cassée un peu trop verte.

            Dans l'orage qui a précédé la neige, le sol s'est enfoncé à cause de zones dépourvues d’arbre qui favorise le glissement et les éoliennes qui garantissaient le village ont descendu la pente dans un glissement de terrain. On croirait que Dieu ou la terre elle-même veuille punir le village ! Sur la place, narguant la commune, le bonhomme de neige construit par les enfants sourit. La carotte qui lui sert de nez brille au soleil et sa neige se lisse pareille à un costume de cristal ; il ne fond même pas sous le soleil qui perce parfois le rideau de nuage semblant n’être là que pour éclairer la fin du village.

 

Thierry a atteint la dernière habitation au sommet : la maison de l'ermite. Sa petite remorque attachée au bœuf qui la tire dans la neige, à l’instar d’une luge, renferme les quelques morceaux de bois.  En grimpant sur l’aiguille rocheuse qui la surplombe, on pourrait peut-être se glisser de l’autre côté, en sens inverse de la mer, vers la vallée… Distrait un instant par sa pensée, en attendant, c’est sur la neige glacée devenue dangereuse qu’il glisse.

Un homme tout mince, au nez proéminent en lame de couteau, est sorti dans son grand manteau noir et ses bottines. Tel un véritable corbeau sur le tapis blanc, il a levé les bras à l'horizontale. Marius, le boulanger, le comparait souvent à un épouvantail. Thierry trouve cette ressemblance frappante ; il l’imagine quelques corneilles jacassant autour de lui. Il a prononcé sa fameuse phrase de sa voix très aiguë :

« Laissez-moi me concentrer ! »

Instantanément, il se contracte, les veines de son visage grossissent prêtes à éclater… Là, juste au bout de ses doigts, la neige fond à la façon d’un tapis se roulant en dégageant un moignon de bois. La base d'un arbre, un énorme morceau de tronc apparaît. Il faut l'extraire de là. Malgré sa hache de bûcheron, Thierry ne se sent pas de taille. L'homme noir répète sa phrase et, peu à peu, la base de l'arbre éclate. Le socle se fend, mieux, les racines paraissent sortir de terre et se secouer... Le bois s’écartèle en offrant quelques morceaux plus faciles à charger dans la remorque. L'homme saisit Thierry par l'épaule et lui murmure à l'oreille :

« Moitié, moitié, moi aussi, j'ai une cheminée. »

Thierry est éberlué. Il entre dans la maison en portant une part de bois jusqu'à l'insert qui trône au milieu du séjour. L'ermite lui dit :

« J'ai condamné quelques pièces à seule fin que Mademoiselle et moi subsistions. »

Thierry observe la demoiselle en question : une poupée, une splendide poupée au visage très pâle, presque blanc, qui reproduit bien l'image humaine, inerte, assise à table devant le couvert. Il pense aux articles qu’il a lus sur les femmes robots aux Etats-Unis. Une Blanche-Neige rousse mais on n’est pas dans un conte, pense Thierry. D’un mouvement mécanique, l’automate pose ses deux mains aux ongles faits sur le bois de chêne qui aurait durablement garni la cheminée... Cependant, l'ermite a suffisamment donné ce jour.

            Le maître de maison lui offre un verre de vodka qui lui réchauffe l'intérieur, presque une brûlure d’estomac et pourtant il sait boire ; il est vrai que la température extérieure peut entraîner un choc thermique. Après l’avoir avalé, il se met en devoir de redescendre jusqu'au village dont il pense s'être beaucoup trop éloigné. Sans le soleil, la pente serait encore plus dangereuse.

Lorsqu'il reprend le petit couloir, par une porte entrouverte, il croit entrevoir la poupée debout devant un miroir peignant ses longs cheveux bouclés. Il s'arrête interdit au niveau de la porte d'entrée. Il recule discrètement de quelque pas, puis deux autres par la porte intérieure et il ne voit que sa propre image dans le miroir : la fille a disparu ! Il pense qu'il n'a plus l'habitude des alcools forts. Il sort. Il reprend le bœuf par la bride pour le faire tourner et redescendre dans la direction du village mais, juste ce moment, il voit bouger les rideaux de la fenêtre de la maison et, là encore, il croit voir la poupée derrière les carreaux. Il ferme les yeux, secoue sa tête et tire l'animal pour s'en aller...

Derrière les carreaux concernés, l’homme en noir s'approche de la jeune fille et lui glisse doucement à l'oreille :

« Non, ma belle, il ne vit pas dans notre monde. Il est comme les autres humains, trop matérialistes ! Il vaut mieux l’oublier ! »

Si Thierry le voyait, il penserait simplement qu'il tient dans ses bras une poupée, d'un mètre soixante sur escarpins, dont la texture imite à la perfection la peau humaine, portant une coiffure rousse de marquise. Encore Louis XV, décidément…

            Mais le brave homme est déjà loin déplaçant sa stature en cahotant dans la neige et les pierres. La main crispée sur la bride, il dirige l'animal. Il s’arrête un instant devant un cylindre bosselé, un tronc d’olivier qui a échappé à la cognée des nouveaux bûcherons. Les branches ont été coupées. Ils l’ont cru mort et ont craint qu’il ne soit qu’un refuge aux fourmis rouges.

Pourtant, là, en haut, une petite feuille trône dans un vert de gris impeccable, elle a osé poindre voulant sans doute annoncer le printemps et le léger vent la fait pointer vers l’aiguille rocheuse derrière la demeure de l’ermite, c’est par-là le salut. Thierry hésite un instant puis il arrache la feuille, il vaut mieux que les autres ne voient pas que l’arbre vit encore.

 

            Il continue son trajet et passe ainsi devant le bonhomme de neige qui paraît se moquer de lui. S'arrêtant un instant, il ramasse de la neige, en fait une boule, la jette en visant la carotte mais il a l’impression que la boule rebondit contre le bonhomme sans altérer son costume blanc ou son visage immobile, imperturbablement souriant. Plus rien n'est logique ; la nature semble révoltée et donne aux gens une image de sa supériorité magique. Il y a sûrement une raison mais Thierry n'est pas un savant, il se contente de ramener son bois.

Particularité incompréhensible, les portables ne reçoivent plus. Depuis la bourrasque, il semble que les ondes ne franchissent plus le col enneigé. L'isolement est parfait. On ne sait plus si le reste du monde est dans le même état : plus de télé, ni de radio. Les automobiles ne roulent plus. On ne voit plus un seul oiseau voler et les chiens ont dû être enfermés parce qu’ils ne s’arrêtaient plus d’aboyer. Marius le boulanger dit que le monde est en marche arrière.

 

Au bout de quelques jours, affreusement, plusieurs enfants sont morts de froid et maintenant d'autres vont mourir de faim car les provisions manquent, le lait de vache est insuffisant pour compenser et le chauffage reste toujours aussi difficile… Les vaches, elles-même menacées, mangent la paille qui les protégeait du froid : on n’est plus au temps où le bœuf réchauffait le nouveau-né en soufflant. Les bêtes sont victimes aussi de la faim des hommes et la salle des fêtes dépourvues des banquets de mariage, située plein nord, est transformée en abattoir où œuvre le boucher.

Thierry décide de remonter à la maison de Marie-Madeleine. Il est sûr de trouver de quoi manger pour les enfants. Cette fois, il parvient à convaincre la vieille femme de le laisser entrer. Même s'il ne parvient pas à lui faire lâcher ses meubles, il repart avec quelques bocaux de conserves qu’elle a bien voulu donner pour les enfants.

Mais lorsqu'il rejoint ses camarades, il ne trouve pas la compréhension à laquelle il s'attendait. Ne respectant pas la priorité que Thierry destinait aux enfants, les hommes se servent eux-mêmes dans la brouette qu'il ramène chargé de nourriture et au sortir d’une violente dispute, il est repoussé par le nombre avec une bosse au front. Une barre de fer l’a frappé et les hommes en général  ne le jugent plus digne d'être leur représentant. Un vieux patriarche réussit à convaincre Marius le boulanger,  dont le four à pain est stoppé par manque de farine, de prendre sa place et d'emmener tout le petit groupe à l'assaut de la maison de Marie-Madeleine pour récupérer le bois et la nourriture qui deviennent indispensables.

 

Lorsque Thierry reprend connaissance et se précipite sur le chemin à son tour, il a trop pris de retard. Il ne rejoint la vieille dame que pour cueillir son dernier soupir. Sa demeure a été mise à sac et les meubles chargés sur une charrette ont été conduits à la maison du peuple. La vieille dame résistant mal au coup qu'elle a reçu préfère mourir plutôt que d’assister à la suite de la tragédie : elle s’éteint dans les bras de Thierry. Juste à ce moment-là, une partie de la maison délestée de ses piliers en bois s'écroule sur lui. Il doit abandonner le corps de la vieille dame s’il veut pouvoir s'en sortir.

Enragé par sa colère, Thierry poursuit les autres hommes. Il s'en suit un combat sanglant contre Marius le boulanger. Il faut pourtant se rendre à l'évidence. Même Marius hors de combat, le patriarche incite toujours les autres à ne plus considérer l'avis de Thierry. Ecœuré par ses compatriotes celui-ci s'en va avant la tombée de la nuit qu'il va passer dans la partie encore debout de la maison de Marie-Madeleine dans laquelle il trouve des provisions dont il charge son sac à dos.

Il a pris sa décision. Au lever du jour, il partira dans la montagne et s'il arrive à redescendre sur l'autre versant, il verra bien s’il y a encore une possibilité de vie de l'autre côté en dehors de ce grand manteau blanc. Au passage, il demandera de l'aide à l'ermite puisque, paraît-il, celui-ci a un pouvoir magique : une sorte de sorcier moderne qui lit dans le marc de café et les nuages dans le ciel. Ce dernier avait prévenu le maire des risques encourus par les villageois.

 

Comme prévu, le lendemain matin Thierry se met en route, seul, avec son sac à dos chargé. Il parcourt le chemin qui le sépare de l'Ermitage. Cependant, il entend derrière lui un brouhaha quasiment anormal. Une horde sauvage semble de nouveau monter le chemin pour venir cette fois chez l'ermite. Il doit accélérer le pas afin d’aller le prévenir.

 

Quand il a atteint l'endroit, il appelle de l'extérieur. Personne ne sort. Il a pourtant l'impression qu'un rideau a bougé. Il est persuadé d'avoir aperçu la silhouette féminine qu'il a déjà vue avec la coiffure de marquise qui ressemble à celle de la poupée. Il faut qu'il rentre dans la maison, il faut qu'il parle à l'ermite. Il a l’impression que quelque chose s’est passé. La neige semble commencer à fondre…

Il frappe à la porte d’entrée : elle s’ouvre lentement en grinçant. Il parcourt le couloir vide. Lorsqu’il trouve le corps étendu devant la cheminée, Thierry est très étonné. Le cadavre paraît se dessécher à vu d’œil : on dirait qu’on lui a retiré la vie avec un aspirateur. Son visage est creux à la manière d’un  masque ! Pas de sang ni de blessure quelconque ! Mais ce qui est le plus étrange, c'est que cet homme qui impressionnait tout le monde… n'était qu'une femme ! Une sorcière ?

Le corps tout desséché de l'ermite laisse bien voir l'absence de sexe masculin sous les rares vêtements qu'il, ou elle, portait sous sa grande cape noire. Pas d'affolement ! Il faut rester calme. Thierry entend un bruit alors que la maison lui paraissait vide. Il se dirige vers la porte où il a déjà cru voir quelqu'un devant le miroir et là, miracle ! Une femme, une très jeune femme se dresse devant lui sur de hauts talons. C'était elle, c'est la poupée ! Il la reconnaît à sa coiffure de marquise mais elle est bien vivante ! Il pose sa main sur elle et caresse ses cheveux ; des vrais cheveux ! Il pense à cette histoire de marionnette de bois qui se transformait en petit garçon qu’on lui racontait autrefois.

De la folie ! Mais une telle femme, une peau pareille sans maquillage n’existe pas au village, aucune n’est aussi… Enfin, nombre d’entre elles ont des poils sous les bras et même un peu de moustache ! C'est incompréhensible. Il sent la chaleur de son corps. Il retire sa main en s’excusant.

Les autres vont arriver et tout détruire... Il faut la sauver. Il la soulève par la taille et l'assoit sur une tablette. Il lui enlève ses chaussures à talons tout en caressant ses petits pieds froids. Il lui dit qu'il lui faut des chaussures différentes et plus chaudes. « Il faut que nous partions d'ici. Les villageois sont en colère : ils vont tout casser ! » Il récupère les chaussures et la cape noire de l'ermite. Il chausse la jeune fille et lui rabat la capuche sur les cheveux. Ensuite, il la repose sur le sol et ferme la cape sur sa poitrine. Elle court vers la bibliothèque et en sort un gros livre à reliure rouge doré. Il lui répète : « Il faut qu'on sorte d'ici discrètement ! » Elle murmure :

 «- Mais, c’est le livre !

-Bon, on le mettra dans le sac. »

Elle le regarde étrangement fourrer le livre avec le reste, puis, le prend par la main et le conduit vers une porte condamnée... Là, elle appuie sa main contre la paroi et une partie de la murette paraît basculer, leur ouvrant un passage dans une sorte de hangar qui donne sur l'extérieur. Lorsque Thierry parvient à la porte vitrée, il actionne le penne mais la porte est fermée et la clé n'est pas là. La jeune fille lui chuchote à l’oreille :

« Laisse-moi me concentrer. »

Thierry la regarde intensément : les mêmes paroles ! Elle  fronce les sourcils, les bras tendus, son front et ses joues se gonflent de veines bleues et rouges qui enlaidissent son visage durant un instant. Elle pose sa main sur la serrure et le penne glisse, leur ouvrant la porte. Elle lui dit :

« Maintenant, on peut partir !

-Comment t'appelles-tu ?

-Claude...

-Mais Claude, n'était-ce pas le prénom de... »

Il pense à l'ermite mais ne sait plus comment il doit l'appeler. Claude, c'est à la fois un prénom de femme et d'homme. Est-ce que la poupée a pris l'identité, voire la vie de l'ermite qui était en fait une femme ? Sa créatrice, donc sa mère ; quelquefois la laideur engendre la beauté…

Autant cette femme ignorée était laide et autant la poupée est jolie, sauf que ce n'est plus une poupée c'est vraiment une femme ! S'il avait eu plus de temps, Thierry serait peut-être resté là à se poser des questions à examiner la chose avec plus d’attention mais le temps presse alors il la prend par la main et il court avec elle au-delà du jardin dans la direction de la montagne. Il se souvient de la feuille de l’olivier !

Sur son dos, il a de quoi survivre quelque temps. Mais après ?

 

            Les voix des autres résonnent en bas de la pente, ils ont perdu du temps, ils se sont attardés à détruire le bonhomme de neige à coup de barre à mine et de hache. Il leur a fallu longtemps, tellement longtemps que c'est inimaginable que de l’eau condensée puisse autant résister à la supériorité de l’humain. Le vieil homme qui les mène n’en revient pas ; il est si fatigué qu'il retarde la meute. Il traîne. Cette horde sauvage ne pense qu'à tout massacrer alors qu'à la suite d’un pareil orage, il aurait fallu plutôt s’entendre et reconstruire...

C'est bien ce que pense Thierry et lorsqu'il s'arrête afin de grignoter sur la montagne avec sa jolie partenaire, il ne peut s'empêcher de se dire qu'il a maintenant près de lui celle qu'il lui faut pour tout recommencer : une jolie magicienne ! Mais d’une certaine façon, toutes les femmes sont des magiciennes, non ?

 

Lorsque la horde sauvage pénètre dans la maison de l'ermite et commence à tout casser en cherchant l'homme et la poupée, un des grands chandeliers renversés met le feu aux rideaux et personne ne sort vivant de la maison dont les poutres s'écroulent sur les survivants.

Thierry regarde Claude. Comment pourrait-on penser qu'elle soit à la base de ce massacre ? Elle n'a pas bougé, à côté de lui, elle n'a pas fait un geste, elle a seulement regardé intensément la maison s'écrouler avec dans les yeux une lueur verdâtre luisante qui changeait la couleur de ses pupilles, et, maintenant, elle se blottit  telle une petite fille contre le seul homme qui peut l’amener de l'autre côté de la montagne. Il a les épaules et la carrure pour le faire et pour recréer de l'autre côté avec elle. Elle ? Mais qu'est-elle vraiment ?

Après tout, est-ce que cela a vraiment une grande importance en cette occasion ?

 

Ils marchent longtemps. Ils escaladent, glissent, se rattrapent. Les mains écorchées par les rochers, ils persistent… Thierry sent soudain ses joues rougir. Il a chaud. Sur le versant opposé de la colline, un courant chaud les surprend. Le soleil darde sur un ciel sans nuage comme si ceux-ci restaient accrochés à la crête au moment de leur arrivée. Impossible de supporter les vêtements d’hiver ! Décidément, la planète…

Claude se débarrasse de ses habits. Il en fait autant. L’air est chaud…

Un peu plus loin, une cascade coule du rocher ; ils vont l’utiliser comme douche.  Il la regarde. Un air serein coule avec l’eau sur son visage. Maintenant, ils sont deux, comme à la création, bien décidés à reconstruire, et là-bas, de l'autre côté des monts, au plus loin que l’homme puisse voir, la plaine est verte et dépourvue de neige. On voit même des arbres qui portent des fruits…  et des petits oiseaux qui chantent dans leurs branches !

Un monde meilleur ?

 

 

 

 

 

Ecrit par Danyel Camoin en 2009

D’après une idée originale de Nicole Manday inspirée par Au seuil de l'inexplicable

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 13:21

Louis et Monique Moulet, resplendissants parmi une assemblée formidable de conteurs, nous ont fait rêver, ont dit Danyel Camoin et Denise Biondo après avoir suivi le fil au bout du conte...

Provence-poésie les remercie de cette invitation à la découverte.

moulet-pub.jpg

 

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 09:07

bonheur
Dans une ville qui ressemble à Aubagne à s'y méprendre, un café-brasserie près de la gare et nommé "Au petit bonheur" vous dévoile, sous la plume de l'auteur des nouvelles de Provence, chez le même éditeur, les mésaventures du serveur et de la serveuse, parmi les déboires des différents clients qui les prennent pour confidents ou plus, sous le regard énigmatique d'un inconnu vêtu de blanc, jusqu'à la chute finale qui change le vie du patron.
Pour ceux qui ont aimé les nouvelles, ou ceux qui ne les ont pas lues, une plongée dans l'univers dramatique du petit monde de Pagnol aujourd'hui. Un récit intéressant et parrainé par la collection de l'Académie de Provence.

 

Auparavant la même académie avait parrainé: des nouvelles de Provence dont voici ci-dessous la nouvelle qui terminait le livre...

nouvelles

 

 

La fin d'un bouquin : Des nouvelles de Provence de Danyel Camoin Collection Académie De Provence.

La fin d'un bouquin                              

 

 

        Nicole Novell vient de mourir : on l'a retrouvée inondée dans sa voiture, ses longs cheveux roux flottant sur un visage éternellement blanc... Les orages sont rares dans les régions arides des bouches du Rhône, mais ils sont imprévisibles lorsqu’ils se déchaînent : en 2000, des gens ont dû fuir à la nage en sortant par les vitres des portières, l’inondation qui a submergé les parkings souterrains du centre de Marseille. Ce fait imprévu laisse son dernier livre inachevé. Téhérond, l'éditeur frappe de son poing la table : Grazzina l'héroïne des aventures fantastiques naissant sous la plume de l’écrivain mort n'aura plus d'épisode. Le vingt-septième est resté incomplet. Ne voulant pas perdre trop d'argent ce dernier appelle Marcel Novell, le mari de Nicole, pour qu'il termine au moins le bouquin en cours en faisant mourir l'héroïne afin de stopper originalement la série et sauver la face pour l'épisode attendu. Marcel refuse, il n'a pas l'imagination de sa femme, et tout au plus, dans sa vie, lui a-t-il écrit quelques poèmes sans rapport avec des personnages fantastiques évoluant dans le monde de 2050 auquel il n'adhère pas, refusant ces aventures inventées et violentes d'un monde futuriste.. Il se sent incapable d'en écrire seulement trois pages. Malgré l'insistance de l'éditeur qui vient de s'acheter une nouvelle voiture avec les droits d'auteur de la série imaginaire.         Marcel rentre chez lui ce soir-là dépité, le visage triste, les yeux hagards. Il marche comme un automate dans l'appartement vide, saisit une bouteille de whisky, la regarde, la repose et court chercher un verre dans la cuisine. En le prenant dans un placard, il fait tomber au sol un sachet de soupe et se baisse pour le ramasser. En se relevant, sa tête heurte la porte du placard ouverte : sous le choc, il s'assoit par terre puis se reprend et finit par arriver dans le salon avec le verre à la main.

Il parle seul, en s’adressant au cadre de sa photo de mariage sur le bahut :

« -Tè, ça me rappelle le Papet, eh ! Quand il a arrêté la pendule du salon, il avait mis son beau costume noir avec(que) le melon et les souliers vernis qui craquaient comme un vieux buffet, ses yeux roulaient des perles d’eau comme s’ils fondaient dans sa barbe. On aurait dit que le ciel lui était tombé sur la figure ! »

        Le téléphone sonne, à l'autre bout du fil Mira, sa jeune maîtresse brune s'inquiète par ce qu'elle ne l'a pas vu : comme son épouse n'était jamais disponible, toujours bloquée sur sa machine à écrire ou son ordinateur, il fallait bien qu'il poétise  un peu ailleurs, mais ce soir, il n'a pas la tête à ça ! Il lui accorde un rendez-vous un autre soir en disant qu'il est fatigué et glisse dans ses oreilles des boules Quies pour ne pas en entendre plus. Il se laisse tomber dans un fauteuil, la bouteille d'une main, le récipient dans l'autre. Il se sert enfin son whisky et commence à le déguster. La fatigue ajoutée à l'alcool le rend bientôt somnolent. Il pose le verre vide sur la tablette à côté des bouteilles et se détend lentement dans son fauteuil.

        Lorsqu’il ouvre les yeux, il croit vraiment rêver, il voit… Nicole blonde comme les blés, toute vêtue de cuir noir, les cheveux défaits, débarrassée de son habituel chignon et de ses lunettes, avec un oeil droit bizarrement fixe sous une cicatrice, mais apparemment vivante ! Il crie :

 « Ce n'est point possible ! Je l’ai enterrée aujourd'hui ; je rêve ! »

Elle lui fait signe de retirer les boules qu'il a insérées dans ses oreilles après le coup de fil, pour pouvoir l'écouter ; il s'exécute immédiatement mais ce qu'il entend ne le persuade pas d'être réveillé !

« -Je ne m'appelle pas Nicole ! Je suis Géraldine Dumont allias Grazzina...

-L'héroïne de ses romans, c'est une galéjade ! Où elle est, votre caméra ?

-Quelle caméra ? Ce n'est pas une blague, je suis coincée dans un combat contre l'ombre verte sous mon aspect mythique de Grazzina et j'attends les ordres !

-L'ombre verte ?

-Oui, c'est l'inconnu qui veut contaminer les cerveaux pour dominer le monde avec ses clones et profiter des variations climatiques pour piller les banques !

-C'est une invention de mon épouse ; il n'a jamais existé ! C'est une fiction.

-C'est ce que vous croyez car moi je l'ai bien rencontré !

-Mais Géraldine n'existe pas ! »

Elle ouvre la fermeture éclair de son blouson et dégage son énorme poitrine libre de tout soutien, qui paraît, d'ailleurs, irréelle en lui faisant signe de s'approcher :

« Voyez-vous mes seins ? Vous les croyez imaginaires ? Touchez-les ! »

Il approche sa main en tremblant et il se sent la peau douce de son épouse sous ses doigts : il lui semble bien la reconnaître. Il pense : c'est un cauchemar, je vais me réveiller ! Elle murmure en retirant sa main :

«-Cela suffit ! Je suis une aventurière, pas une femme objet, et, comme ton épouse, une des rares qui ne veulent pas d'enfant ! »

Géraldine, dans l’œuvre de Nicole, effectivement, victime d'un incendie qui l’a quelque peu défigurée en la privant  d’un œil et de ses cheveux bruns, devient Grazzina, la   « scalpée » comme diraient les Indiens d'Amérique ! Le crâne nu couvert d'une vaporeuse perruque blonde et le corps moulé dans une tenue cuir, celle-ci se bat pour débarrasser l'humanité des multiples vermines, en sauvant les malheureux victimes des variations climatiques dues aux exagérations industrielles.

 Il reprend :

«-Nicole disait que ses enfants étaient ses bouquins et vice versa !

-Alors, tu peux en faire un tout seul !

-Un enfant ou un bouquin ? Et je ne peux...

-C'est le seul cas où l'homme peut accoucher d'un clone féminin par masturbation cérébrale.

-Mais je ( ne) suis pas écrivain !

-Je t'aiderai, je connais le style, la tournure de mes aventures par cœur, tu penses !

-Mais le style, les mots, ce n'est pas du cinéma !

-À nous deux, nous pouvons terminer le livre ! Tu n'as qu'à imaginer une bande dessinée...

-Mais je (ne) sais pas dessiner !

-Moi je peux te les dessiner ! Une héroïne de roman peut tout faire. Il suffit de demander ! Ainsi tu peux finir l'épisode.

-Et faire mourir l'héroïne comme l'a dit l'éditeur ?

-Me faire mourir moi ? Tu n'y penses pas : oserais-tu me tuer ? »

        En peu de temps, le fauteuil se renverse, Marcel se retrouve d'une cabriole, allongé sur le sol, la bottine de la fille lui bloque la gorge, il n'ose plus bouger ! Avant qu'il n'ait réalisé, elle le traîne jusqu'à la chambre et le soulève pour le jeter sur le lit ; elle défait son large ceinturon féminin, le casse en deux parties avec chacune ligote les poignets de l'homme aux barres du lit,  puis lui arrache sauvagement son pantalon, saute sur lui ; soudain, une lame brille contre la gorge masculine qui tremble... Elle plante le poignard dans la table de nuit puis rapproche son visage du sien et lui lèche la joue et l'oreille. Elle en profite pour lui dire :

« Voilà ce que c'est l'aventure, tu sens l'excitation là, ton cœur bat ! Tu es prêt à écrire la suite! »

        Pendant les jours qui suivent, Marcel va se plonger dans les précédentes aventures imaginaires de l’héroïne, jusqu'à en devenir un inconditionnel admirateur, mais celle qu'il admire surtout, c’est cette émule blonde qui dort près de lui en faisant fleurir sa légende dans la réalité. Il respire son parfum. Il caresse ses épaules. Il embrasse son cou. Il sent ses doigts sur lui et, collé contre elle, il croit encore rêver... Lorsqu'il ferme les yeux, il se sent encore près de son épouse ! Il croit la faire revivre à travers ses pages qu'il remplit en pensant à elle, enveloppé de cette présence qui respire dans son cou et qui pose ses mains sur ses épaules : Géraldine, ou qui qu'elle soit, fantôme, réalité, personnage de roman ou entité, il commence à l'apprécier ! Est-ce pour la mémoire de son épouse ou est-ce simplement pour cette réincarnation spirituelle qui dort auprès de lui qu'il effectue cet effort surhumain de continuer une histoire qui n'était pas la sienne ? Il ne le sait pas, il ne sait plus très bien pourquoi il agit, mais, peu à peu, la suite de l'histoire inachevée prend corps et semble plausible en final de la partie déjà écrite.

        Il s'égare par moments à penser qu'il est vraiment couché près de Géraldine, puisqu'il a bien enterré son épouse. Quoique son sosie parfait, cette femme, effectivement, n'a plus aucun cheveu sur le crâne telle l'héroïne de cette aventure

fantastique qui se poursuit sous sa plume, sous ses doigts, sur son écran, enfin, dans les pages du manuscrit. Où est la fiction?

Nicole ou Géraldine ?  La différence n'est pas si grande puisque l'une a créé l’autre à son image pour la transformer ensuite en héroïne impitoyable ! Aurait-il pu imaginer qu'un jour il serait l’amant de sa femme projetée sur une créature extraordinaire qui est sortie de l'imaginaire pour venir le rejoindre ? Il n'arrive même plus à croire ce qu'il dit et lorsque sa maîtresse l’incendie au téléphone, il prétexte ne pas s'être remis de son

passage au cimetière : oserait-t-il lui dire la vérité ? De toutes façons, elle le prendrait pour un fou ! Il se lève au milieu de la nuit pour corriger une page pas assez explicite ou trop poétique qui ne ressemblerait pas assez à l'écriture aventurière de l'épouse. Il voit les caractères s'avancer sur la feuille comme s'ils prenaient d'eux-même le pouvoir de reformer les mots de Nicole, la parure type de Grazzina !

        Peu à peu, les pages s'additionnent. Le récit prend corps. L’héroïne traverse les dangers avec courage et fermeté. Son caractère est confirmé par celle qui se dit être Grazzina et qui suit l'écriture mot à mot, échangeant contre chaque page, un baiser lorsque celle-ci lui plaît, et une claque lorsqu'elle l'abhorre. Peut-on aimer un fantôme, et peut-on sentir la gifle d'un esprit, d'un personnage de roman ? Sûrement pas ! Et pourtant, depuis trois jours déjà, il la subissait, l'écoutait, l'embrassait, la chouchoutait et la laissait faire ! Vivait-t-il un rêve qui durait aussi longtemps ? Un rêve éveillé sans doute ? Depuis, il avait pourtant reçu des visites, le facteur, l'éditeur et d'autres, mais aucun n'avait aperçu Géraldine, qu'elle soit là ou pas, les autres ne la voyaient pas.   Alors, peut-être était-il fou, finalement et peut-être avait-il eu tout seul l'envie de terminer ce manuscrit pour épater l'éditeur à qui, d'abord, il avait refusé ce travail et à qui, maintenant, il devait refuser de faire mourir son héroïne !

        Décidément, il ne savait plus ce qu'il voulait comme quiconque qui aurait occupé sa place, dans son rêve éveillé, avec à ses côtés cette créature fantastique lui apportant ce que toutes les femmes n'avaient jamais su lui donner : une participation irréfléchie à tous ses fantasmes ! Il ne pouvait plus reculer, il devait arriver au point final !

Pour cela, il écoutait les paroles de la belle fantôme ; par les yeux même, il les buvait au ras de ses lèvres ! Il sentait son corps sous ses doigts et pire encore donc, elle existait au moins pour lui ! Tant pis s'il en devenait fou ! Elle avait fait fuir ses peines comme elle l'avait fait abandonner momentanément son travail et sa vie habituelle ! Elle lui avait accordé ces quelques jours de congé qu'il avait toujours recherchés sans jamais les trouver ; il avait même l'impression d'être devenu lui-même un aventurier s'identifiant dans les pages, et le soir, après avoir cessé d'écrire, à celui qui aimait Grazzina dans l'histoire ! La faire mourir était maintenant hors de question, il fallait laisser des points de suspension... Il fallait que le lecteur attende même s'il n'écrivait jamais de suite, même si tous savaient que la mère de Grazzina, le véritable auteur, le véritable cerveau créateur gisait maintenant sous six pieds de terre : pour survivre et subsister  sans l'essence de l'imaginaire littéraire, elle devait donc maintenant se greffer une puce électronique et poursuivre son but avec un co-auteur dont les idées étaient différentes.

        Et vient le jour où le tapuscrit est terminé... L'éditeur, effaré devant l'exemplaire qu'il reçoit, constate, avec mélange de frayeur et de satisfaction, que l'héroïne n'y meurt pas : il peut ainsi espérer, on ne sait jamais, une autre aventure. Cependant, il croit s'entrevoir dans un passage et se reconnaître sous les traits du méchant sans visage qui prend peu à peu le sien, mais après tout qu'importe, il n'est pas là pour faire du sentiment, il a toutes les factures à payer !

Quant à Mira, elle a trouvé un autre compagnon plus libre qui ne la rejoint pas que trois soirs par semaine et Marcel en est bien heureux pour elle. Après tout, ce n'était que la liaison compensatrice d’un couple en déclin qui n'existe plus !

Dans les dernières pages, Grazzina se trouve coincée par l'explosion d'un barrage dans sa voiture inondée et s'échappe par une vitre pour filer à la nage jusqu'à une colline proche de là où elle s'accroche à un arbre pour éviter la trombe d'eau qui déferle, alimentée par les pluies diluviennes qui crachent des pierres de glace aussi grosses que des balles de ping-pong ! La nature en furie a exterminé les poursuivants. La belle se sauve encore en boitillant entre les branches cassées et les détritus. Sa silhouette noire s'éloigne en ondulant des lieux inondés.

C'est la revanche de Nicole au-delà de la mort !

 

 

Marcel se sent changé, transformé lorsqu'il rentre chez lui, ce soir-là, après avoir déposé son oeuvre où la journaliste nymphomane, entre autres, ressemble trait pour trait à Mira justement ! Il appelle Géraldine, mais n'entend aucune réponse... Il inspecte toutes les pièces et ne trouve aucune trace de la blonde en cuir, avec ou sans perruque, aucune trace de rouge à lèvres sur les verres de whisky : en fait, aucune trace de femmes dans l'appartement... Sauf peut-être les robes de sa femme restées dans la penderie. Il se pince, se frappe la tête contre une porte : aurait-il tout rêvé ? Pendant tous ces jours... Il regarde le calendrier : une semaine !
Il n'a pas pu dormir et rêver durant une semaine ! Et il a bien porté un tapuscrit à l'éditeur.
Sa compagne de quelques jours a vraiment disparu, apparemment sans laisser de traces et pourtant, sur le bureau reste le double de l’œuvre remise à Téhérond. En s'approchant mieux, il distingue un post-it collé sur le bloc calendrier juste à la date du jour ; sur celui-ci, il lit :
« Commence à écrire une suite et je reviendrai ! Grazzina. »
 
   

Tout le monde savait que c’était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l’a fait. Marcel Pagnol

 

 

 

 

 

C'était La fin d'un bouquin                              

 

 

 

       

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 14:42

Provence-poésie était présentée à la médiathèque par Denise Tanzi, aux côtés de l'association Filigranes et des auteurs aubagnais encadrant Claude Valentin (merveilleux livre sur Dol) et Georges Corady (les images d'Aubagne) devant Pierre Rodeville des éditions de la Tarente. Ils étaient là aussi pour regarder et animer le débat sur l'édition, les risques de contrat et les contrats moitié-moitié, puis assister à la lecture-spectacle de Sabine Tamisier.

Danyel Camoin, interviewé par les responsables, a développé sa politique d'aide aux petits auteurs en difficulté auxquels Provence-poésie procure une possibilité d'éditer à moindre prix et de présenter leurs oeuvres sur les stands de l'Agglo. Elle est soutenue par la mairie d'Aubagne, le Conseil Régional et le Crédit Mutuel, sponsors du concours de nouvelles récemment terminé avec également l'aide de Auchan et de l'hôtel Souléia, l'assistance inter-association de l'Olive et l'Olivier et de la petite Edition. (D'autres associations comme Zygo à La Ciotat, le club Castéropoulos, l'Académie de Provence et Passeport pour la poésie ont collaboré au soutien de la poésie aubagnaise dans cet élan en début d'année.)

Quelques acheteurs se sont présentés, ensuite dans cette joyeuse équipée où nous avons eu un accueil chaleureux, intéressés par cette rencontre avec les auteurs de l'association Denise Biondo, Albert Borelli et Jean DiFusco (qui a lu le rouge-gorge et la cigale pour terminer son apparition).

Une idée qui germe : une soirée poétique organisée par la médiathèque avec Filigranes et Provence-poésie. Pour amateurs de beaux textes. Quelques images ci-dessous.

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les 4 

Pour les amateurs, un livre de Danyel Camoin (J'ai même rencontré...) se trouve dans les rayons de la Médiathèque (841 poésie française)

et un texte de ce livre (L'olivier) a été enseigné aux élèves de Saint-Zacharie.

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Article Nicole Manday     Photos Denise Biondo

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 15:02

Le dimanche 27 mars, une soixantaine d'auteurs ont déferlé sous la pluie à la maison de Garéoult pour le salon du printemps: un accueil des plus chaleureux les attendait avec les croissants et le café à volonté. Dommage, le nombre des clients semblait inférieur à celui des auteurs mais ceux-ci se sont retrouvés joyeusement après l'hiver moins propice.

Les auteurs aubagnais représentés par Denise Biondo et Danyel Camoin y trouvaient une belle table en évidence.

Un plateau repas leur a été offert après l'apéritif et certains ont même pu boire un thé sur le coup de seize heures.

Denise Biondo, auteur, éditeur, décoratrice et photographe, et vice-présidente de Provence-poésie a remercié le maire en personne en lui disant que son association serait prète à adresser au salon tous ses auteurs s'il le souhaitait l'an prochain : l'équipe appréciant les salons accueillants.

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Au passage des images on reconnait  après Denise, Marcel Baril, Jean-Claude Beltramo, Pierre Bertho, Xavier Le Floch, Nicole Mutez, Gisèle Sans, Danyel Camoin.

Dans les rencontres du salon, à signaler Christine Hollard et Brigitte De Nollières (voir ci-dessous)

On y retrouvait également Paul Lamour et Henri Michel Polvan puis bien sûr Janine Dorel et Nicole Bouquet, les hôtesses de Plumes d'Azur.

 

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Article Nicole Manday  Photos Denise Biondo

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 11:12

Encore une fois la nouvelle est à l'honneur dans le recueil : Au fil des mots.

Moins expansif que la première fois où il publiait 101 nouvelles dans une réception gigantesque, le recueil de Gémenos révèle des talents dont certains figurent déjà dans les pages de notre blog.

Provence-poésie a particulièrement remarqué (coup de coeur) parmi les nouvelles sélectionnées et publiées dans le recueil :

Les nouvelles de Erine LECHEVALIER (deuxième prix : une journée inoubliable), de Denise BIONDO ( une journée d'enfer) et surtout celle d'un nouvelliste de douze ans : Timoté BERGE (Elisabeth II).

Provence-poésie  qui les félicite publiera ces trois nouvelles dans nos pages. Voir ci-dessous.

Denise Biondo avait remporté il y a deux ans le troisième prix à Gémenos (pour Insolitude).

Signalons la sortie prochaine de son recueil : Au bout des Doigts édité par Provence-poésie.

Signalons aussi les premiers prix de Au fil des mots : Loïcia Bluteau (14 ans : inspiration) et Emmanuelle Della Monica (matin pressé). Bravo à tous !

 

 

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ELISABETH  II

 

Timoté BERGE 

 

Dans un château entouré d’un jardin magnifique où poussent de splendides roses, iris et tulipes, vivait Elisabeth II.

C’était une reine très jolie, aimée et admirée de tous mais elle avait un terrible défaut : elle avait toujours raison et n’écoutait jamais personne.

Un jour, un soldat faisant partie d’une patrouille d’une cinquantaine d’hommes revint seul et effrayé.

On le conduisit jusqu'à la reine et il raconta qu’ils avaient été attaqués par des assaillants d'une violence extrême et qu’il était le seul survivant. La bataille avait été rude et sanglante.

Le maréchal dit à la reine qu’il fallait construire la muraille la plus solide qui puisse exister sur cette terre. Elle lui répondit que le château était indestructible et qu’une toute petite muraille suffirait.

Elle fut faite tellement rapidement que dans l'heure qui suivit, elle s’écroula sur les ouvriers.

 

Le maréchal voulut faire faire à tout prix un entraînement intensif à ses soldats mais la reine lui répondit que tout le monde, soldat compris, devait participer à la fête nationale. Le maréchal essaya de négocier avec la reine qui refusa et s’éloigna en riant : « Un entraînement le jour de la grande fête, avez-vous déjà vu cela dans ce royaume ? ». Or les soldats burent beaucoup. Ils furent incapables de se battre.

La reine ordonna de faire poser des centaines de pièges mais un soldat ivre les déclencha tous en tombant dessus.

 

Le lendemain les assaillants attaquèrent le château sans défense. Ce fut un vrai carnage. La reine, les soldats et tous les habitants furent tués.

 

Le surlendemain, le jardinier de son prénom Pitit Jack s’aperçut que la fourmilière avait été détruite par des termites.

Quand on n'est que la reine des fourmis et qu'on en fait qu'à sa tête, voilà ce qui arrive.

 

 

Elisabeth II (avec l'autorisation de Carole BERGE, lauréate Provence-poésie 2011 pour Opération Blanche-neige )

  

Timoté BERGE

12 ANS

13420 GEMENOS

 

 

 

UNE JOURNÉE INOUBLIABLE

©

D’Érine LECHEVALIER

Chaque fois que Lucien pénètre dans cette forêt, des frissons parcourent son corps et

un mal-être l’envahit. L’odeur entêtante de la terre et des arbres lui donne la nausée.

Cependant, il se force à y venir mais il ne va jamais plus loin que le vieux chêne. Sa douleur

s’amplifie et son coeur saigne lorsqu’il aperçoit à travers les arbres, la clairière ensoleillée. Le

soleil estival réchauffe ce petit bout de terre où une brise légère caresse les pétales délicats de

coquelicots qui poussent et s’épanouissent sans retenue.

 

Les pluies diluviennes de ces derniers jours ont provoqué des dégâts dans les

alentours et la forêt n’a pas été épargnée. La foudre s’est même abattue sur le vieil arbre, le

fendant complètement de haut en bas l’amputant d’une partie de ses branches. Depuis, cellesci

barrent le chemin qui mène à la clairière.

 

Lucien ne se déplace jamais sans sa canne, son soutien depuis dix ans maintenant.

Elle l’aide non seulement à marcher mais lui permet de chercher ce que son épouse lui

réclame depuis des jours. Alors pour lui faire plaisir, il est là les yeux rivés au sol, traînant sa

jambe invalidante tout en évitant soigneusement les feuillages trempés de rosée. Mais las de

cette recherche infructueuse, Lucien s’appuie contre l’infirme séculaire pour se reposer, sa

canne glisse mais il ne la ramasse pas. Il tend son visage vers les rayons du soleil qui jouent

avec les feuilles tout en écoutant le chant des oiseaux et celui très distinct du coucou. Un peu

plus loin, il entend les bois des cervidés qui s’entrechoquent ainsi que le brame puissant du

vieux cerf. Celui-ci prévient les plus jeunes que cette année ils devront compter encore avec

lui.

Lucien s’apprête à s’en aller quand, en se baissant pour prendre sa canne, son regard

est attiré par quelque chose qui scintille à l’intérieur même du tronc. Il s’agenouille non sans

difficulté malgré la douleur qui monte le long de sa cuisse et de sa colonne vertébrale.

L’émotion est telle qu’il ne peut s’empêcher de trembler et de crier sa douleur. Il sent son

corps s’engouffrer dans un tourbillon infernal tandis que, privé de ses forces, il s’écroule sur

le sol humide.

Il entend le rire des enfants qui gambadent dans la clairière et l’orchestre champêtre

qui joue un peu plus loin. Dans cette cacophonie musicale, il reconnaît parfaitement le son

doux et envoûtant du hautbois.

 

Comme tous les ans à la pentecôte, les habitants du village se réunissent pour piqueniquer.

Tôt le matin, des volontaires ont chargé les chaises et les tables dans le camion du

laitier puis les ont transportés sur le terrain habituel et, malgré les restrictions que la

population subit depuis trois années, chacun se débrouille comme il peut pour apporter de

quoi régaler tout ce petit monde. Les premiers arrivés sont le médecin et son épouse sur leur

tandem, les plus petits n’ont jamais vu un tel engin et veulent se hisser dessus pour l’essayer.

Ainsi, guidé par le responsable, ce vélo devient une attraction bien agréable pour les bambins.

Finalement, lorsque les cloches de l’église sonnent midi tout est fin prêt pour accueillir les

villageois. Un sympathique concert de sonnettes annonce encore des retardataires qui arrivent

pendant que d’autres, un peu essoufflés viennent à pied, ce chahut bon enfant promet une

journée mémorable. Entre temps, quelques parents installent les tout-petits sur une grande

couverture au milieu des coquelicots pendant que les fillettes font la razzia de ces fleurs

fragiles, oubliant un instant que le suc laiteux tachera irrémédiablement leurs jolies robes du

dimanche ainsi que leurs mains. Quant aux plus grands, ils jouent à cache-cache en se

dissimulant derrière les adultes ou les arbres.

 

Le village possède sa propre formation musicale et, après le repas champêtre elle se

réunit pour jouer quelques airs pour le plus grand plaisir de tous. Quelques musiciens sont

restés assis pendant que d’autres ont choisi de jouer debout, il fait si chaud que certains ont

retiré leur veste.

Depuis l’âge de huit ans Lucien va au conservatoire de musique. Talentueux et à

l’aise avec la plupart des instruments, ses parents voient en lui une carrière prometteuse de

musicien. La veille, jour de sa communion solennelle, il a reçu en cadeau un hautbois. Il

nécessite une grande maîtrise pour en jouer correctement et Lucien aime beaucoup sa

sonorité. Son père — prénommé comme son fils, est fier de lui et a pour l’occasion, sorti son

appareil photographique pour immortaliser l’événement.

Une farandole se forme et vient encercler les musiciens. Tout en sautillant et en

chantant quelqu’un prend le bras du jeune garçon pour l’entraîner dans la danse. Il se plie de

bonne grâce non sans avoir remis l’instrument à son père pour libérer ses mains. La chaîne

humaine s’élance dans la clairière et tourne autour des tout-petits sous les applaudissements

des anciens qui préfèrent rester assis bien sagement à l’orée du bois.

Soudain un son étrange venant de nulle part se fait entendre. La musique s’arrête et

la farandole s’immobilise. Chacun cherche d’où vient ce bruit assourdissant, les jeunes

adolescentes cessent de cueillir les coquelicots et lèvent les yeux au ciel. Une escadrille

d’avions de combat vole à basse altitude et pique droit sur eux. Sur le coup, les habitants

restent cloués sur place quand brusquement une salve d’artillerie fait voler en éclats la terre et

la végétation. La panique s’empare alors des villageois qui courent vers leurs petits pour les

mettre à l’abri mais les avions pilonnent ce petit bout de terre atteignant sans pitié les cibles

humaines.

Le jeune Lucien ne comprend pas ce qui arrive. Il porte ses mains à sa poitrine et

s’écroule à genoux. Terrifié, il regarde autour de lui et voit ces petits corps sans vie. Il cherche

du regard ses parents et aperçoit son père blessé grièvement aux jambes qui rampe vers lui

avec beaucoup de difficulté. Sa mère se tient debout, par miracle elle n’a pas été touchée. Le

père rejoint enfin le fils qui baigne dans une mare de sang et le prend dans ses bras mais déjà

la mort voile ses yeux. Il l’appelle et le secoue pour qu’il revienne à lui mais en vain. Il le

berce contre son coeur et pleure comme jamais il n’a pleuré.

Le souffle impitoyable de la mort se répand doucement, sournoisement dans la

clairière rougie du sang des innocents. Les plaintes finissent par se taire définitivement pour

laisser place à un silence oppressant. Ce jour de pentecôte 1943 devait rester à jamais une

journée inoubliable.

 

Lucien met ses mains sur ses oreilles mais il entend toujours l’écho de leurs cris

enfantins. Il veut mourir mais la mort fait la sourde oreille et préfère le laisser dans sa

souffrance. Tant bien que mal, il se redresse avec l’aide de sa canne, et, dût-il couper le vieux

chêne en menus morceaux il le ferait sans aucun remords. Il réussit cependant à arracher des

fibres centenaires ce qui l’avait tant bouleversé un peu plus tôt ; le hautbois de son fils

disparu.

 

FIN

Concours de nouvelles (Nouvelle protégée le 10.02.2008).

UNE JOURNÉE INOUBLIABLE Érine LECHEVALIER

 

 

Une journée d’enfer

 De Denise BIONDO

 

 

            Et ça continue ! Jean veut se faire un café et, juste à ce moment-là, sa femme l'appelle et lui reproche d'avoir laissé le robinet de la baignoire ouvert. Le ton monte... Il est pressé. Une dispute de plus ! Et dire qu'autrefois, il se mirait en prince charmant dans les yeux noisette de sa compagne ! Elle disait alors : « Comme toi, on n’en fait plus, on a cassé le moule ! » Cette phrase a disparu de ses répliques: elle aussi est stressée. Ils s’agitent tous deux comme des marionnettes manipulées par les banquiers.

 

Déjà de bon matin tout va mal... Il est fatigué car il a mal dormi. Toujours débordé, surchargé de boulot, il reste surexcité par habitude. Il a glissé sur sa savonnette en prenant son bain. Une douleur au bas des reins va accompagner sa journée !

Il veut cuire un oeuf pour son petit déjeuner mais quand il le pose sur le plan de travail, celui-ci se met à rouler jusqu’au bord… C’est la chute ! Une omelette immangeable s'écrase sur le sol !

Le téléphone sonne. Il décroche : une voix d'homme veut parler à Madame. Qui est-ce ? Il le lui demande. Son coiffeur ! Elle a rendez-vous avec lui juste avant le boulot ! Il paraît sceptique. Il trouve qu'elle se fait un peu trop belle pour aller travailler. C'est vrai, il ne l'avait pas remarqué mais elle est presque en tenue de soirée. Cette robe noire qui la mincit, ce décolleté, publicité évidente pour le lait maternel, et ses orteils soignés, nacrés, qui scintillent presque entre les lanières dorées des escarpins ; est-ce une tenue de travail ? L’an dernier, elle partait en jean et en tee-shirt.

Il la questionne. Elle affirme vouloir se sentir bien dans sa peau pour affronter le stress de sa journée. Elle a sûrement un amant profitant que le vilain mari est débordé et n'a plus le temps de lui susurrer une romance. Qui est-ce ? Un chômeur. Ils ont tout le temps ces gens-là ! Il y en a de plus en plus ! À moins que ce ne soit le coiffeur, lui-même, sous son faux air homosexuel, il en pince peut-être pour ses rotondités !

 

La cafetière déborde et inonde le brûleur à gaz qui s'éteint. Il faut nettoyer ! Peu après, en réfléchissant un instant, il trempe trop longtemps son croissant qui se sépare en deux parties dont une l'éclabousse en plongeant dans le bol. Il n'a plus qu'à changer de chemise avant de mettre sa cravate.

Ses chaussures ! Il y a longtemps qu’elles n'ont pas vu de cirage. Un frottement sec et rapide contre le mollet de son pantalon, ça suffira ! Il tousse. Il cherche le flacon de sirop. Quand elle lui indique son emplacement, il est vide ! Une bonne gorgée de whisky fera l’affaire. Et le portable ? Où s’est cachée cette machine ? Le voilà dans les coussins du canapé ; on n’a pas idée…

 

En plus, ce matin, aucune crèche ! Il doit amener sa fille de trois ans chez sa belle-mère pour qu'elle la garde parce que Madame pressée n’a pas le temps de l’accompagner. Il emporte donc le fauteuil spécial. Il porte la fillette pour aller plus vite et l'installe à l'arrière de son automobile. Voilà, ainsi harnachée, elle ne risque point de s'échapper ! Il vaut mieux : elle s’endort souvent en voiture. En route vers Mamy ! 

 

En chemin, il va s'arrêter au tabac pour acheter son paquet de Marlboro. Hélas ! Le stock paraît épuisé. Il gesticule en criant : « Qu'attendez-vous pour renouveler : la grève des fumeurs ? » Furieux, il reprend donc le volant et continue son trajet en maugréant contre les encombrements routiers. Il mâchonne une allumette. Il se sent déjà étouffé par sa cravate. La canicule s’annonce. Heureusement, au bureau, il aura la ‘’clim’’. Les yeux sur la route, il détaille par avance la journée qui l’attend.

Lorsqu'il arrive en retard devant son usine, Il aperçoit un attroupement anormal qui s’intensifie ; cela finira par devenir une habitude. Les syndicats ont voté la grève. Il bondit hors du véhicule. D'un « clic » de sa clé, il verrouille les portes sans se retourner. Il doit se frayer un chemin au milieu des grévistes qui agitent leurs banderoles de revendications. Il ne peut leur en vouloir : il y a trop de licenciements. Compression de personnel ! Lui-même risque d'en être menacé.

Et le pire ne décevant pas, il imagine déjà les bâtiments déserts sans personnel, les machines revendues qui fuiraient par camion. Le désastre !

 

Une secrétaire se précipite vers lui dès son entrée pour le rappeler à l'ordre. Il subit ensuite les reproches de son patron parce qu'il est en retard à la réunion administrative. Et voilà, comme d’habitude, on perd du temps à discuter pour décider de la date d'une autre réunion qui solutionnera l'avenir. Pourquoi pas celle-là ?

 

À la sortie de la salle de réunion, on lui signale un appel de sa belle-mère ; il lui répond de dire qu’il est en déplacement. Au moment de rejoindre son bureau, une camarade le gifle en jaillissant des toilettes, les yeux exorbités et les gestes mécaniques. Il a dû oublier un rendez-vous. « Elle a failli en tomber de ses échasses ! On n’a pas idée de travailler sur des talons si hauts. Elle n’a qu’à chausser des baskets comme la petite blonde du standard. Pour arpenter les couloirs en souriant de la lime à ongle jusqu’au café, ce sera moins éprouvant. »

Plus jeune, il était souriant et « cool » comme ils disent, mais la responsabilité a fait plier son dos.

Le repas, la cantine ? Un sandwiche suffira avec un « coca » au distributeur ! Plus de temps perdu. Il faut qu'il téléphone lui-même ! Sa femme passe trop de temps à son travail et elle n'est plus proche de lui comme avant. Il l’imagine devant son coiffeur. La jolie robe tombe et se froisse sur ses talons…

La sonnerie n’en finit pas. Un répondeur froid lui succède. Il ne parvient pas à la joindre. Elle est toujours en train de répéter qu’il oublie sa famille au profit de son travail, mais n’est-ce pas ce qui les fait vivre ? D'un geste rageur, il jette son portable insatisfaisant dans la corbeille à papier du corridor.

 

Déjà, on le réclame à grands cris. Les dossiers s'empilent. L'heure tourne. Et son téléphone sur le bureau n'arrête pas de gémir. Des clients pressés, sans doute. Il ne décroche pas. Comment satisfaire les commandes quand les ouvriers débrayent ? Tout cela va mal finir...

Il transpire dans sa tenue. Il aimerait être nu au bord d'une plage sous un pin parasol. Et pourquoi pas à l’ombre d’un palmier sur une île ? Il sent un ruissellement sur sa colonne vertébrale. Comment ont-ils donc réglé la « clim » ? Encore une chemise à laver et Madame devient même réticente à déclencher le programme... La vie à deux, tu parles... Après quelques années, les doux mots d'amour se transforment en reproches. Il travaille trop. Il sent ses pieds brimés par les chaussures. Tout se dégrade avec le temps !

Finalement, tant bien que mal, la journée se termine vers seize heures trente. Il est tiré d’affaire pour aujourd’hui, du moins il le croit. Quelques enjambées vers les véhicules toujours garés dans le « parking ». Il rejoint alors sa voiture en plein soleil comme d'habitude. Il s’amuse avec la télécommande pour se décontracter.

Quand il ouvre la portière, il se met soudain à trembler ; il claque des dents. Son visage livide se décompose, il se cramponne à la carrosserie : à l'arrière, sa fille est toujours assise, inerte dans le fauteuil ! Tout semble se figer autour de lui : le temps s'est arrêté ! Elle est déshydratée. Il l’a oubliée dans le véhicule fermé depuis le matin !

 

 Denise Biondo 2010 

 

Cette nouvelle écrite par Denise à la suite d’un fait divers sera insérée dans le recueil : Au bout des doigts   à paraître en mars 2011.
 
Article nicole Manday

 

 

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 12:26

Lisez Marseille L'hebdo !

Dans le numéro 528 du 1 février Marseille l'hebdo publie Danyel Camoin

dans sa meilleure nouvelle : Au bord du vide, premier prix de la nouvelle à Allauch en 2007.

Cette nouvelle fait aussi partie du livre paru aux éditions Bénévent en 2008 et ovationné la même année sur le podium de l'Odyssée des lecteurs à Martigues : Des nouvelles de Provence.

Au bord du vide, ici seulement la première partie dans la rubrique Lire et Dire, obtient sa consécration marseillaise, montrant un savant à l'instar de Frankeinstein qui déclare la guerre à la maladie d'Alzheimer.

Le livre des nouvelles de Provence est en vente à la librairie Maupetit à Marseille et à la librairie Le Blason à Aix en Provence, quelques exemplaires sont encore disponibles chez Provence-poésie.

 

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Au bord du vide¨

(Version courte)

 

 

Véronique, jeune et énergique journaliste, blonde frisée au limpide regard bleu, vient de livrer son article et quitte les locaux du journal régional où elle travaille afin de rendre visite à son grand-père comme toutes les semaines. À son arrivée habituellement, dans le parc boisé et entretenu, l’homme aux cheveux blancs l’accueille. Il vit maintenant dans un foyer spécialisé car on ne peut plus le laisser seul depuis ses égarements qui ont débuté, comme pour tous, par d’énormes trous de mémoire. Il est atteint, lui aussi, de la maladie d’Alzheimer. Récemment, elle a eu une désagréable surprise : son cher Papy ne la reconnaissait plus ! Un nuage de larmes retenues balaie ses cils fardés lorsqu’elle lui parle gentiment, à chaque visite, en lui prenant la main lui fait comprendre qui elle est.

Ce jour, lorsqu’elle arrive une autre surprise la cueille : son grand-père a disparu ! Un cousin l’aurait emmené en promenade et ne l’aurait jamais ramené ; un homme un peu plus jeune que lui se disant un familier ; Véro proteste. On n’aurait pas dû le laisser sortir ! Elle organise des recherches parallèles à celles de la police ; elle apprend ainsi qu’une femme de la même génération vient de réapparaître, complètement transformée, après une longue recherche infructueuse: les policiers prétendent que son grand-père s’est volatilisé de la même façon : aucune trace !

Au bout de trois mois environ, pourtant, lorsque l’on n’y croit plus, il réapparaît. Il reconnaît Véro, ce qui tient du miracle ! Il semble heureux et évoque le passé, soucieux de sa tenue. La jeune femme lui fait rencontrer la « miraculée » revenue d’une pareille absence : la vieille dame aux yeux brillants. Ils conversent longtemps comme s’ils venaient du même monde, s’ils se retrouvaient, après des années, alors qu’ils ne se connaissaient même pas. Ils deviennent amis et se lancent dans d’interminables parties d’échecs et de belote. On les héberge dans un centre espérant en les étudiant de près comprendre ce changement bénéfique. Un professeur qui les a examinés avec un scanner révèle à la jeune fille qu’ils ont tous deux une cicatrice cachée dans les cheveux et un bout de silicium enfoncé dans le crâne ! Il semblerait qu’un fou leur ait inséré une puce électronique dans le cerveau qui compense par une mémoire perfectionnée la liaison détruite par la maladie ; ils ne sont pas guéris, ils dominent le mal. La greffe qui n’a miraculeusement pas été rejetée par les tissus leur redonne un squelette de mémoire : un Frankenstein nouvelle version !

Pendant qu’elle discute dans le bureau du savant, son grand-père casse une porte à coups de pieds parce qu’on l’a séparé de sa vieille compagne ; il ne veut plus vivre sans elle ! Véro s’insurge. À leur âge que craint-on ? Un surcroît de tendresse ? Elle obtient l’accord de la famille de la dame. Désormais, on ne les séparera plus ! Promenade dans le parc, main dans la main, en cueillant des fleurs et jeux en soirée au clair de lune en observant les étoiles occupent maintenant leurs loisirs.

Le médecin les fait installer ensemble dans une maison de campagne qu’il possède non loin de là ; il veut surveiller leur évolution. Il charge la journaliste de mener une enquête discrète, avant que des policiers ne s’emparent de l’affaire, afin de trouver le génie qui a créé cette solution à leur malheur.        

 

Après plusieurs jours passés à circuler en voiture sur les routes et les chemins de la région, Véro arrive devant l'ancienne station-service isolée, qui surplombe le village, celle-ci a été rachetée par un particulier. Elle arrête son véhicule, elle descend et avance à pieds... Elle découvre dans le jardin, sous un énorme olivier où chantait une cigale, une montre à chaîne en argent qu’elle reconnaît : son grand-père  est donc venu jusque là … Elle appelle, la montre à la main, mais personne ne répond.

Elle avance vers la maison qui paraît abandonnée depuis plusieurs jours. En poussant une porte restée ouverte, elle s'introduit et, près de l'escalier, elle trouve un homme accroupi au bas des marches ; le pantalon souillé et l'air malheureux, il murmure :

«-Je suis tombé... Je n'ai pas pu me relever. C'est à cause de ma jambe.

-Je vais vous conduire à l'hôpital !

-Non, pas l'hôpital ! Donnez-moi la trousse : une piqûre et je remarcherai ! C'est la calcinose : mes articulations se bloquent sur un choc ou sur un faux mouvement ; ne vous inquiétez pas ! Prenez aussi de la glace dans le frigo. Merci. »

 

Un peu plus tard, l’œil un instant égaré dans le corsage dégrafé dans l’effort de la jeune femme qui l’a soutenu jusqu’à un siège et lui retire ses vêtements trempés, le vieil homme l’entend lui dire :

« -N’ayez aucune inquiétude, j’ai déjà assisté mon grand-père dans des cas semblables ! »

Il paraît, en effet, déjà plus vaillant, elle est surprise de le constater en achevant de le déshabiller. Elle lui dit qu'il ne devrait pas vivre seul au risque de mourir sans secours. Il lui répond:

«-Qui voudrait d'un vieux cheval qui ne peut plus courir le derby ? Même au garde à vous, vous devez me trouver pitoyable nu devant vous ?

-Je songeais à une dame de votre âge ! Cependant, vous n’avez pas l’air complètement usé.

-Je n’ai pas l’habitude d’un secours aussi… charmant. Vous représentez une joie dans la rencontre. Que ne donnerait-on pour dormir dans vos bras ? Vos yeux sont d’étincelantes éprouvettes où mes recherches auraient été emportées au cœur d’un rêve. De quoi se noyer dans l’océan qui roule sous vos paupières ! Si je vous avais connue avec quelques années de moins… Malheureusement, il faut aussi que j’avale des cachets quotidiennement, j’ai aussi des problèmes de thyroïde depuis que le nuage de Tchernobyl n’est pas passé sur la France !

-Votre problème majeur, n’est-ce pas simplement la solitude ? Comment pouvez-vous vivre ainsi sans dialogue, sans ami…

-Je parle à ma pauvre femme disparue depuis longtemps, je lui confie mes échecs et mes souffrances…

-Et elle vous répond ?»

Il frotte sa paupière avec son doigt sans répondre.

 

Elle lui parle de son grand-père, plus vieux que lui, qui a rencontré une compagne au moment où on ne l'espérait vraiment plus. Elle désigne ensuite la montre qu'elle a trouvée dans son jardin, expliquant qu'elle appartenait justement à ce grand-père... Il a donc eu, à un certain moment, un rapport avec lui !

             Lui disant s’appeler Charles Malerby, il réplique que, s’il s'agit de l'homme auquel il pense, c’est un grand plaisir de savoir que l'expérience a bien réussi :

« -Si votre grand-père, grâce à moi, capte de nouveau le courant qui passe et relie deux êtres, l’un à l’autre, comme deux moules réciproques recueillant chacun les fleurs du vide de l’autre pour les écarteler et les transformer en bouquet d’étoiles, alors, je suis heureux ! Je lui ai redonné une raison de vivre que je n’ai plus, moi qui ne respire que par mes formules… Je me demande aujourd’hui comment j’ai pu me laisser ensorceler par cette sorcière infâme qui m’a privé de ce contact humain qui vaut bien mieux que l’électronique.

-Quelle sorcière ? Quelle expérience ?

-La solitude, vous l’avez dit tout à l’heure… »

Craignant de sortir du sujet, elle utilise le charme qui l’inspire et le questionne de nouveau sur l’expérience. Il dit qu'il ne peut pas répondre : c’est un secret ! Elle insiste appuyant la tête du vieil homme contre sa poitrine. Il résiste, d’abord, à l’interrogatoire qu’il semble avoir prévu depuis longtemps, mais, quand elle lui dit qu’elle connaît des gens qui pourraient l’aider à approfondir sa découverte, il hésite et lui confie qu’il a toujours été malheureux de n’avoir pu secourir sa propre grand-mère, une des premières victimes connues de cette maladie …

Bien sûr, par instants, la vieille femme ne le reconnaissait pas, elle vivait en pointillé et arrivait quelquefois, vers la fin, jusqu’à jeter des cris de bête ! Dans ses moments de lucidité, elle répétait sans cesse aux gens qu’elle ne connaissait pas ; « Si vous m’aviez connue avant ! »

Les médecins n’ont d’abord pas cru qu’elle était frappée par cette maladie, ils la classaient dans les sujets diabétiques que les complications de problèmes cardio-vasculaires amènent à la régression de certaines facultés cognitives. Ensuite, ils se sont montrés impuissants à la guérir et le mal a progressé en silence derrière son mutisme triste.

Un jour, elle a marché devant elle, sans but, sans s’arrêter ; consciente ou pas, on l’ignore ! On l’a retrouvée morte dans un ravin, le crâne fracassé… Elle avait écrit sur un papier qu’elle serrait entre ses doigts : «  Ma mémoire est partie, je n’ai pas pu la rejoindre…Vous souviendrez-vous de moi ? »

Alors, quand on l’a mis en retraite, l’ingénieur Malerby qui fabriquait des puces électroniques destinées à l’industrie, a décidé d’utiliser ses connaissances en ce sens, d’autant qu’il a senti sa propre mémoire flancher, oubliant ses rendez-vous ou égarant ses papiers; surmenage ? Il craint de devenir comme sa grand-mère.

Depuis un siècle que cette maladie est déclarée, les traitements proposés n’ont jamais guéri personne ! Il a donc mis au point sa propre stratégie de stimulation cognitive par un système miniature, implantée dans un fragment de silicium, qui retarde la perte d’autonomie et éventuellement la crise suicidaire. Dans cette station-service abandonnée qu’il a rachetée, il a installé un laboratoire secret dans la cave dont l’entrée est dissimulée dans le garage attenant au hall de l’appartement. Il a voulu se battre à sa façon contre cette ombre ravageuse qui déploie sur les malades une aile de mystère, en procurant une mémoire différente, mécanique mais salvatrice, qui fait de ces vieux de grands enfants heureux de vivre encore. Il a travaillé des années afin de trouver la matière inusable qui ne soit pas rejetée par les tissus humains lors de la greffe de son implant avec l’aide d’un vieux chirurgien en retraite. Certes, il a d’abord expérimenté sur un animal. Vu que l’expérience était concluante, lorsqu’il a aperçu la petite vieille, seule, tremblante, au bord de la falaise, il l’a ramenée chez lui gentiment ; il a essayé sur elle le programme. L’évolution paraissant satisfaisante, une fois la cicatrice physique refermée, il l'a relâchée dans la nature. Il a recommencé, à l'exemple du premier résultat positif, sur un homme qui devait sans doute être son grand-père… Ils sont maintenant deux à pouvoir survivre à cette maladie sans encore souffrir ou en prendre complètement conscience. Il faudrait quelqu’un pour effectuer la greffe sur lui, en lui reprogrammant tout ce qu’il a noté. Sa puce est prête, il a prévu cette possibilité mais il ne peut faire l’opération lui-même ! Il a nettement vieilli, il a maintenant dépassé les soixante-dix ans.

La jeune femme reste longtemps auprès de lui pensant qu’elle lui doit bien cela, ne serait-ce que pour son grand-père ! Du reste, peu d’homme lui ont adressé le même hommage respectueux la comparant à une jolie princesse. Elle aussi vit seule. Dommage, effectivement qu’il ne soit plus jeune…

Au moment du départ, elle constate que le ciel est zébré d’éclairs ; un orage provençal typique déchaîné autant qu’inattendu déchire la tombée de la nuit. Malerby murmure : « Il ne pleut pas souvent ici mais quand il pleut, ce n’est pas pour rire ! »

Elle pense qu’après tout, il serait mieux d’attendre le jour pour repartir.

Le « vieux » a bien mérité qu’on le dorlote un peu.

Lorsqu’elle le quitte, le lendemain matin, il paraît aller beaucoup mieux. La jeune femme lui promet de revenir avec des personnes compétentes qu’elle connaît. Ils l’aideront dans l’intérêt de la science ! Malerby suit des yeux la silhouette qui se déhanche sur ses talons pour sortir de son horizon.

« Qu’ai-je fait de ma vie ? Marmonne-t-il, je suis vieux, trop vieux !

En rentrant, de nouveau seul dans ce bâtiment, il s’arrête devant son miroir et observe, une perle à sa paupière, son double menton et ses joues glissant vers ses mâchoires édentées.

 

            Quelques jours plus tard, Véro revient effectivement avec trois hommes en costume et lunettes portant chacun une grosse mallette. Ils arrêtent les voitures qui les transportent sur le sommet de la colline qui domine le village car la jeune femme a cru voir Malerby au bord de la falaise. Il s'agit bien de lui, en effet. Il paraît regarder le paysage, extasié sur le dessin formé par l’enchevêtrement des toitures s’étalant au-dessous de lui, comme s’il ne l’avait jamais vu auparavant …

Elle l’interpelle ! Il se retourne vers elle et la regarde en tremblant, des chapelets de perles prêtes à éclore au fond des yeux. Elle lui dit qu’elle a trouvé l’aide voulue ! Il la regarde en plissant son front :

«-Je vous connais ? Impossible ; si je connaissais… une telle femme, je ne l’aurais pas oubliée… Que ferait seul au bord du vide, un homme qui vous aimerait ?

–Mais je vous ai rencontré ici même. Rappelez-vous mon grand-père !

-S’il vit près de vous, ce doit être un homme heureux. »

Tous l’accompagnent gentiment sur le chemin conduisant à sa maison mais quand elle lui demande de leur montrer son laboratoire avec les schémas et les formules dont il lui a parlé, il regarde simplement ses mains qui tremblent… Un des hommes s’approche de lui et demande à son tour :

« Où se trouve votre labo, s’il vous plaît ? »

Il fronce les sourcils, remue la bouche en salivant sans sortir un seul mot, puis, au bout d’un moment, il regarde la jeune femme et prononce enfin avec l’air de s’excuser :

« J’ai… oublié : je ne me souviens de rien ! »

 
Cette nouvelle en version longue fait partie du recueil: Des nouvelles de Provence, Danyel Camoin, éditions Bénévent 2008

¨ D’après la nouvelle premier prix de la lyre d’Allauch 2007

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 13:02

Message de Provence-poésie à l'occasion de l'été...

pour venir à l'association, il n'est pas nécéssaire d'écrire, on peut adhérer en spectateur, en association amie, en acheteur(livres), en partenaire ou en interprète... ou venir aux journées ouvertes sans adhérer.

 

Par contre, les adhérents évidemment auront des avantages supplémentaires :

en 2011, mise en place de l'atelier d'aide écriture-lecture 

publicité et stands pour les auteurs (même d'éditeurs différents)

mise en place également :

 d'une carte de fidélité assurant à tout adhérent un cadeau au bout de cinq achats de livres,

 de réservation pour les tickets jeunes

 de réductions de tarifs pour les jeunes auteurs et les éditions de juillet

 de bibliothèque pour emprunt de certains livres sans paiement,

 d'un concours interne gratuit récompensé

 de scènes libres ou conférences pour ceux qui veulent s'exprimer ou interpréter des écrits des autres.

Et bien sûr possibiltés d'exprimer des idées ou projets à développer au sein de l'association.

 

D'autre part, Provence-poésie, ne dirigeant pas de concours de poésie unitaire, engage ses adhérents à participer aux concours des autres associations. Elle les aidera et les récompensera par un article avec photos lorsqu'ils gagneront un prix comme c'est le cas pour Natacha Rosso à Gemenos ou Claire Gilbert à Sablet. 

Tous ceux qui veulent vérifier cet article peuvent venir se renseigner en direct à la maison de la vie associative  à Aubagne ou réserver une place à la réunion du 16 septembre.

La prochaine journée porte ouverte est pour le 3 décembre, elle sera annoncée dans la presse et sera appellée : A nous, contes des mots ! Avec des contes de... Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, Jean De La Fontaine, Jean-Claude Rey,

Danyel Camoin, Janine Ravel. Les textes seront interprétés par Denise Biondo, Joseph Lévonian, Jean-Claude Colay et des adhérents volontaires. Inscription ouverte.

L'invité d'honneur sera peut-être Roger Blanc, président de l'Académie poétique et littéraire de Provence également auteur de Contes.

L'association sera présente au coeur d'Aubagne le 10 septembre 2011 à la fête des associations.

 

 

Mes avions de papier

 

Lorsque revient la nuit de Noël

Des étoiles descendent du ciel

Pour venir décorer des sapins :

Treize desserts rejoignent mon pain.

Pour retrouver mon âme d'enfant

Sur ma montagne de papier blanc…

J'oublie le monde en drap de fantômes

Et m'en vais croquer une autre pomme.                                Et je parviens enfin

                                                                                   À voler de mes propres ailes

                                                                                     À m’en aller à tire-d'aile

                                                                                         À voler... Voler loin !

Sur des lits de caractères noirs

J'invente un univers plein d'espoir

Où les couleurs ne fuient pas la nuit,

Où il ne fait plus froid sans ennui.

Je chevauche le coursier du rêve

Dominant le paysage sans trêve,

Sans traîner de soucis à mes basques

Sans ruminer dans des endroits flasques.                                   Et je parviens enfin

                                                                                          À voler de mes propres ailes

                                                                                               A m’en aller à tire-d'aile

                                                                                                À voler... Voler loin

M'éloignant du monde en perdition

Je n'ai plus à payer d'addition

J'hume librement le cœur des fleurs

Et peut-être est-ce là mon bonheur.

Mais des cloches sonnent dans ma tête,

Les parents reviennent à tue-tête :

Les nappes brillent de mille feux,

Je descends lentement parmi eux…

 

la cascade

 

 

 

Article Frank Zorra

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 12:06

Provence-poésie représentée par sa vice-présidente a assisté au vernissage le samedi 27 novembre 2010 à la chapelle des pénitents noirs en présence de Madame Dol, du maire d'Aubagne et du président de la communauté d'agglomération, en attendant la conférence le vendredi 3 décembre sur l'approche de sa vie.

La biographie de Paul Dol sortie aux éditions La Tarente sera dédicacée par Claude Valentin après la conférence. 

 

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article: Frank Zorra

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 19:53

Les membres du bureau de Provence-poésie remercient de tout coeur Christiane Boniffacy et Catherine Vailleres pour la page 3 de la lettre de la vie associative numéro 48 de novembre 2010 et saluent le courage des parents de Nélya dans le deuxième article...

A ce titre, la page entière (portraits d'associations) est publiée ci-dessous.

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